Ayant reçu le souffle de la société contestataire des 60’s, de jeunes cinéastes se lancent dans les années 1970, revendiquant leur liberté de création, avant tout message à but social. Leur révolution à eux s’en tient aux domaines cinématographiques et artistiques, mais d’une manière magistrale.

Les années 1970 s’ouvrent sur une violence jamais vue sur grand écran. En 1971, trois films sont touchés par la censure : Les chiens de paille de Sam Peckinpah (cinéaste américain, mais film anglais), Orange Mécanique (idem pour Kubrick, quasiment cinéaste anglais), et Les Diables de Ken Russell (vrai cinéaste anglais). Le viol, présent de manière crue et réaliste dans chacun de ces films, ainsi que le partis pris de montrer la violence, psychologique et physique, en touchant aux limites du supportable, font de ces films, encore aujourd’hui, des repères dans l’histoire de la violence portée à l’écran. Déjà, en 1970, chef d’œuvre de cruauté et de violence sèche, La loi du milieu, premier film de Mike Hodges, d’après le roman de Ted Lewis, vient marquer un tournant dans le « crime film » : avec son héros, Carter, fils d’ouvrier retournant à Newcastle pour venger la mort de son frère, il utilise les paysages industriels dévastés de la ville, les accents et faciès de ses acteurs pour donner à la violence une base réaliste, contrebalancée par la présence bigger than life du grand Michael Caine. Celui-ci, acteur anglais de la décennie, met toute sa prestance physique et son flegme permanent au service d’un nouveau cinéma pour lequel l’action et la violence sont à la fois dérangeant et fun, préfigurant le cinéma de Tarantino.

Le cinéma anglais connaît à cette époque une véritable crise : la démocratisation de la télévision dans les foyers, la baisse des financements américains et l’arrivée de Margareth Thatcher au gouvernement torpillent littéralement les systèmes de production nationaux. Ainsi, à défaut d’une industrie du cinéma solide et populaire, c’est toute une série de cas particuliers, de films bizarres, indépendants et souvent mal-aimés, qui vont marquer les 70’s anglaises. Ainsi, en 1972, Hitchcock revient sur sa terre natale, et signe sans doute son film le plus malade et perturbant, Frenzy, histoire d’un tueur en série psychopathe. John Boorman lui, signe au véritable cauchemar en pleine nature, Délivrance. En 1973, c’est au tour de Robin Hardy de nous livrer un OVNI filmique : The Wicker Man, histoire d’un policier qui enquête sur la disparition d’une jeune femme sur une île, et se retrouve pris au piège d’une machination qui le dépasse largement. Aux frontières du fantastique, de l’érotique et de l’horreur (on note quand même la présence de Christopher Lee dans le rôle d’un Lord machiavélique), ce dernier film propose un condensé des 70’s anglaises.

Parmi les grands cinéastes qui se révèlent à cette époque, on note ainsi John Boorman, mais aussi le trop rare Nicolas Roeg (Performance, Walkabout en 1970 et le fantastique thriller paranormal et vénitien Don’t Look Now/ Ne vous retournez pas en 1973), l’excité et rock’n’roll Ken Russell (Les Diables en 1970, Savage Messiah en 1972, Tommy en 1975…), le passionné de peinture et ultra-sensible Derek Jarman (Sebastiane en 1976, Jubilee en 1978 et The Tempest en 1979) ou encore l’architecte froid Peter Greenaway, qui signe toute une série de courts-métrages durant les années 1970. Les Monty Python, dans un genre qui n’appartient qu’à eux, envahissent le grand écran (1975 : Sacré Graal et 1979 : La vie de Brian).

Illus.1 : Orange Mécanique, Stanley Kubrick, 1971
Illus.2 : La loi du milieu, Mike Hodges, 1970
Illus.3 : The Wicker Man, Robin Hardy, 1973

Laurence Reymond


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