Procédant par réaction, les artistes de la génération hippie amorcent, face à l’art conceptuel et à l’art minimal, à un retour au corps et à la nature dans les années 70. Focus sur les happenings, le Land Art et l’Arte Povera.

Happenings et Body art : le corps comme medium
Né à la fin des années 50, le happening est, contrairement à la performance, plus qu’un spectacle, car il peut mêler le spectateur à l’action, elle-même en partie improvisée. Issu de Fluxus, le New-Yorkais Allan Kaprow, influencé par son maître John Cage, qui incitait ses élèves à créer des « events » où puissent se mêler différents arts, en est le grand prêtre. Au même moment, l’Allemand Joseph Beuys va réaliser des performances célèbres, comme celle lors de laquelle il se confronte à un coyote (I like America and America likes me).
Utilisant comme principal médium leur propre corps, les Actionnistes viennois se font connaître autour de 1970 par quelques scandales retentissants. Leur but déclaré est en effet de choquer l’Autriche bien-pensante par des actions où se mêlent sexe et violence. Lié à l’actionnisme, le Body Art expérimente la mise en scène du corps, support d’interventions diverses (auto-mutilations de Gina Pane, transformisme de Michel Journiac, opérations chirurgicales d’Orlan).

Land art : la nature comme médium
Réinvestissant leur propre corps, les artistes entament également, dans la décennie du Flower Power, un retour à la terre, fuyant leur propre public, en dehors du parcours balisé des musées et des galeries. Déplaçant terre ou pierre dans ses Earthworks, comme la fameuse Spiral Jetty, Robert Smithson situe l’art en dehors du rapport à l’objet ; Richard Long enregistre les traces de son passage ; Michael Heizer sculpte véritablement la planète ; Walter de Maria crée grâce à la foudre un « champ de lumière », tandis que James Turrell utilise la lumière comme matériau premier.

Arte Povera et Support/Surface : le retour à la matière
En prolongement de ce retour à la nature, une poignée d’artistes italiens effectue au tournant des années 70 un retour à la matière : les artistes de l’Arte Povera (Jannis Kounellis, Mario Merz, Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto), réagissant à l’art « riche », le Pop Art, qui clame les valeurs de la société de consommation, et revendiquent pour leurs œuvres l’utilisation de matériaux « pauvres », bruts (terre, charbon, pierres, végétaux). Leurs recherches sont parallèles à celles du groupe français Support/Surface (Daniel Dezeuze, Vincent Bioulès, Claude Viallat…), qui remet au centre des préoccupations picturales le châssis et la toile, matériaux premiers de la peinture.

illustrations : Robert Smithson, Spiral Jetty, 1970 ; Joseph Beuys, I like America and America likes me, 1974

Magali Lesauvage




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