Après Cabaret, voici la nouvelle étape de la conquête de Stage Entertainment à Paris : la version française du musical de Broadway Le Roi Lion est programmée dans un théâtre Mogador flambant neuf. 115 personnes oeuvrent sur scène et en coulisses pour un divertissement haut de gamme, qui laisse pourtant un sentiment partagé.
L’an dernier, Cabaret, version française du célèbre musical américain, créait l’événement en investissant les Folies-Bergère pour trois mois, puis six, puis un an. Et rebelote, le spectacle, déjà fort de 200 000 spectateurs, est de nouveau à l’affiche de la saison 2007-2008. Comme quoi le modèle Broadway – où l’industrie et l’entertainment le disputent à l’art - s’exporte plutôt bien par chez nous.
Deuxième acte de la conquête du marché français par Stage Entertainment, société de production aux manettes, Le Roi Lion. Au commencement était le dessin animé de Walt Disney. Depuis dix ans, la version scénique de l’œuvre, créée à Broadway, a fait le tour du monde : de Johannesburg à Melbourne, d’Hambourg à Amsterdam, pour finir par débarquer à Paris. Dans un théâtre du Mogador racheté par Stage et entièrement refait à neuf, il est à l’affiche jusqu’à fin décembre… au moins.
Le Roi Lion, c’est quoi ?
L’argument de ce conte initiatique tient en deux lignes, on le connaît tous, ou presque : l’histoire de Simba, lionceau appelé à régner sur la jungle pour remplacer son père Mufasa, disparu dans une tragique lutte de pouvoir avec son frère machiavélique.
Le Roi Lion, ça ressemble à quoi ?
Une superproduction haut de gamme, qui déploie des moyens pour le moins ébouriffants : 115 personnes oeuvrent à sa réalisation chaque soir, sur scène et en coulisses : 40 chanteurs-danseurs-acteurs, 17 musiciens, 50 techniciens notamment. Côté habillage, ce sont quelque 400 costumes et 200 masques et marionnettes qui déroulent leurs fastes colorés chaque soir.
Le Roi Lion, c’est comment ?
Une fable magistrale… et décevante à la fois.
La traduction signée Stéphane Laporte est plutôt fine, malgré quelques blagues de potaches et boutades un peu faciles. La musique mêle les compositions originelles, pour certaines mielleuses à souhait d’Elton John (cf la version française de « Can you feel the love tonight ? » devenue « Et soudain l’amour est là… ») et magnifiques paroles et musiques du Sud Africain Lebo M qui a, par ailleurs, dirigé le chœur, en zoulou et swahili.
Rien à dire sur la mise en scène de Julie Taymor, metteur en scène de renom, qui s’est, par le passé, frottée au théâtre autant qu’à l’opéra et signe aussi les masques après avoir fait ses classes auprès de Jacques Lecoq, à l’âge de 16 ans. Ici, elle a pris ses distances du film pour offrir « du théâtre pur ». En effet, pas d’effets spéciaux en rafale, mais des trouvailles visuelles étonnantes, de savants jeux d’ombres chinoises, la magie et la grâce de créatures mi-hommes mi-animaux qui, dès la scène d’ouverture, purement prodigieuse, nous plongent dans une savane féérique.
Aux notes d’un chant africain émouvant, on voit arriver, depuis la salle, oiseaux virevoltants et zèbres, antilopes bondissantes et éléphant colossal. Et encore des hyènes drôlatiques à souhait, des félins se léchant les pattes ou faisant mine d’aiguiser leurs griffes. Orchestration foisonnante, chœur brillant de chanteurs-danseurs, et des premiers rôles qui s’en tirent avec les honneurs : Jérémy Fontanet est un Simba beau comme le jour, riche voix, indéniable présence ; Jean-Luc Guizonne - dit Jee-L -, un Mufasa puissant et charismatique. Mention spéciale à Zama Magudulela, artiste sud-africaine dans la peau de Rafiki, singe chaman qui veille sur Simba, et à Olivier Breitman - alias le méchant Scar -, artiste complet et convaincant dans les parties jouées. On ne peut pas en dire autant des autres interprètes, clairement meilleurs chanteurs qu’acteurs.
Alors bien sûr, on a pu entendre, ici et là, des spectateurs aguerris assurer : « C’était quand même nettement mieux à Broadway ». A Broadway, comme on n’y était pas… Pas évident de comparer. Et en toute sincérité, on a été plutôt éblouis par le spectacle, véritablement tout public. Pourtant, il y a un problème d’envergure… ou d’échelle. Est-ce dû au lieu ? Côté solos, duos ou séquences en petit comité, ça fonctionne. En revanche, dès que toute l’équipe est sur scène (trois ou quatre tableaux seulement sont concernés, notamment l’ouverture et le final), ça se marche un peu sur les pieds. Le foisonnement et l’extrême richesse des costumes, des masques et des décors souffrent de l’étroitesse – relative - du plateau. Dommage.
Le Roi Lion la comédie musicale au Théâtre Mogador, 25 rue de Mogador, Paris IXe. Informations et location 0820 88 87 86.

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