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Année 1994

Toute la palette du "nonsens"

L'humour anglais au ciné

Petite histoire du cinéma anglais (4/10)

D’un peuple nous ayant offert pendant des années le spectacle profondément fascinant/navrant qu’est Benny Hill, on peut tout attendre. Et le cinéma anglais nous le rend bien, à travers une longue série de comiques, aux talents certes inégaux, mais dont les sommets demeurent inégalables. Grande tradition britannique, l’humour s’y décline du plus pince sans rire cérébral au plus physiquement invraisemblable, du burlesque grandiose à l’art délicat de la parodie, du délire froid à la patate chaude. Et réciproquement.

1. Histoire du cinéma anglais
2. La littérature à l'écran
3. Les années 1940
4. L'humour anglais
5. Le cinéma d'horreur
6. Hitchcock et Powell
7. Le réalisme social
8. Swinging Sixties
9. Les années 1970
10. La gueule de bois
Alec Guiness (Noblesse oblige , Tueurs de dames) et David Niven (La Panthère Rose) apparaissent aujourd’hui comme les parrains de cette fantastique famille d’acteurs comiques made in England, qui nous conduit directement jusqu’à Rowan Atkinson et son Mister Bean. Le plus souvent formés au théâtre, les acteurs anglais semblent, dans la maîtrise de leur art, avoir conscience qu’ils jouent pour et avec un public. Sens de l’autodérision, du ridicule, humour aussi bien verbal que corporel, le comique britannique possède une palette complète, ainsi qu’un sens démesuré de la performance. Si Alec Guiness interprète tous les membres d’une même famille dans Noblesse Oblige, Peter Sellers prolonge et amplifie le geste dans Docteur Folamour de Kubrick (1964), avec son interprétation anthologique de quatre personnages, parmi lesquels le président des Etats-Unis, et le Dr Folamour lui-même, ancien nazi qui a bien du mal à réfréner son bras droit lorsqu’un dirigeant entre dans la pièce.

S’il apparaît aux côtés de Guiness dans Tueurs pour Dames (1955), c’est avec son rôle d’inspecteur Clouzot dans la Panthère Rose de Blake Edwards (1963) qu’il se révèle dans toute sa splendeur. Avec ce corps perpétuellement instable, souple et malléable, il transforme cet inspecteur catastrophe en poème visuel et burlesque, retrouvant d’une certaine manière la magie du Charlot de Chaplin. S’il retrouvera ce personnage à plusieurs reprise, il le fera aussi évoluer vers une version plus pop et psychédélique dans The Party (Blake Edwards, 1968). Ode à la joie de vivre et aux drogues douces, son personnage de Hrundi V. Bakshi est sans doute son plus grand tour de force, à l’image de cette scène d’ouverture où il fait littéralement exploser tout un plateau de tournage. Avec Sellers, ce sont ainsi toutes les conventions, sociales, physiques, morales, qui explosent sous nos yeux, dans une fête païenne et paillarde. Mais avec, derrière tout ça, la précision vitale d’un funambule, qui avance pour nous au-dessus du vide.

Dans un tout autre genre, les Monty Python ont eux aussi fait un don immense à la communauté humaine. Serait-ce le Graal ? Le sens de la vie ? L’origine des religions ? Non, mais presque, puisque leurs films ont tout de même abordé ces sujets, mais pour leur apporter une distance toute « non-sensique ». Association de six jeunes hommes plein d’irrévérence, cinq Anglais de très bonnes familles et un Américain moyen, le Monty Python Flying Circus débarque sur les écrans de télévision anglais de 1969 à 1974. Parodies de la télévision « normale », de l’art en général, et du monde en particulier, ils introduisent avec une énergie fantastique le vers dans le fruit, cette Angleterre ultra-conservatrice. L’alchimie qui réunit les génies burlesques de John Cleese, Michael Palin et Eric Idle et les inventions graphiques de Terry Gilliam se traduit ensuite par trois films totalement improbables, où blagues potaches, parodies, critiques sociales et grand n’importe quoi se mélangent parfaitement : Sacré Graal (1975), La vie de Brian (1979) et Le sens de la vie (1983). Films à sketchs, c’est là leur limite, ils sont portés par une telle fureur, à la limite de l’hystérie, qu’ils semblent bien marquer un point de non-retour, une frontière indépassable si ce n’est une impasse. John Cleese tentera ensuite une nouvelle association, plus calme, avec l’Américain Kevin Kline, qui nous valu tout de même l’une des meilleures comédies des années 1980, Un Poisson nommé Wanda (Charles Crichton, 1988).

Moins violent, l’univers fantaisiste crée par Nick Park et les studios Aardman dans leurs films d’animation Wallace et Gromit reprend aujourd’hui le flambeau de cet humour plein de non-sens, d’inventions visuelles et d’observations amusées de notre vie quotidienne. Avec ses petits personnages de pâte à modeler, et leurs aventures tout droit sortie d’un épisode de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, la saga cinématographique des Wallace et Gromit s’inscrit dans une veine très anglaise du Tea Pot Mystery : le mystère est au coin de la théière.

Enfin, les derniers rejetons vraiment talentueux de l’humour anglais pourraient bien être le tandem Edgar Wright / Simon Pegg. Le premier réalise et écrit, le second écrit et interprète, et on leur doit deux comédies très réussies en formes d’hommages à un certain cinéma de genre : Shaun of the Dead (2004), film de zombies plein d’esprit, et Hot Fuzz (2007), parodie de polar en milieu rural. Très clairement cinéphiles, ils pratiquent une forme de parodie assez subtile pour ne pas détruire le genre même des films dont ils s’inspirent, démarche vouée à l’échec. Faisant preuve d’un réel amour pour leurs modèles, ils en livrent des versions parfaitement crédibles, bien qu’habitées par un sens de la distance et de l’absurde irrésistibles.

Illus.1 : The Party, Blake Edwards
Illus.2 : Monty Python, La vie de Brian
Illus.3 : Shaun of the dead, Edgar Wright


- Article consacré au Monty Python
- Who's who du cinéma anglais et films anglais sur l'encyclo cinéma de Flu
- Toutes nos petites Histoires du cinéma

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Laurence Reymond - 10 novembre 2007

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