La Seconde Guerre Mondiale ne signe pas l’arrêt des productions en Angleterre, même si Hitchcock, parmi d’autres, a rejoint les Etats-Unis. Au contraire, le cinéma se joint à sa manière à l’effort de guerre. Films de propagande, accueil de cinéastes étrangers en exil, l’industrie cinématographique des années 1940 est en tout point combative.

Les années 1940 voient l’essor d’une entreprise qui demeure un symbole du cinéma anglais, au nom associé à de nombreux grands classiques : la Ealing. Il s’agit sans doute du studio anglais qui se rapprochera le plus du modèle Hollywoodien, employant sous contrat des techniciens, réalisateurs et acteurs, dans des plateaux et des bureaux de production réunis près de Londres. En 1938, avec l’arrivée de Michael Balton à sa tête, la Ealing qui existe déjà depuis 20 ans prend rapidement son rythme de croisière… modeste, puisqu’il n’excèdera jamais 6 films par an. Les tendances gauchistes modérées de Balton et celles, bien moins modérées, de son entourage, donnent à ses productions une connotation toute particulière, qui s’accentuera d’autant plus pendant la guerre. Au milieu des films de propagande « typiques », héroïsant des soldats sans peur ni reproches, Balton produit ainsi des films durs, aux approches complexes et remettant en questions officiers, ordres d’état et patriotisme. Sans doute sa grande complicité avec le réalisateur brésilien Alberto Cavalcanti, défenseur dans son pays d’un nouveau cinéma documentaire, plus engagé, a-t-elle influencé Balton. De films de guerre sceptiques (Went the day well ? d’Alberto Cavalcanti en 1942, Nine Men de Harry Watt en 1943, Le Navire en feu de Charles Frend en 1944) en films à grand message anti-capitaliste (L’Auberge fantôme et Ils vinrent dans la cité de Basil Dearden en 1944), la Ealing assume sa position d’indépendant.

Mais ce sont les comédies produites après la guerre, entre 1949 et 1958, qui resteront comme la marque de fabrique de la Ealing. Noires, cyniques, sociales et transgressives, beaucoup d’entre elles sont aujourd’hui des classiques : Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets, 1949) de Robert Hamer, Passeport pour Pimlico de Henry Cornelius (1949), L’Homme au complet blanc (The Man in the White Suit, 1951) ou encore Tueur de dames (The Lady killer, 1955), de Alexander Mackendrick, film dans lequel les projets d’un petit groupe de bandits se voient contrariés par une vieille dame. On retrouve souvent la présence dans ces films de l’immense Alec Guiness, de loin le plus grand acteur comique anglais des années 1950, qui interprétait dans Noblesse Oblige tous les membres d’une même famille. Guiness, mais aussi Peter Sellers comptent ainsi parmi les talents découverts par la Ealing. Racheté par la MGM en 1956, le studio s’essouffle pourtant très rapidement, et le dernier film estampillé Ealing sortira en 1959.

Illus.1 : Noblesse Oblige, Robert Hamer
Illus.2 : L'Homme au complet blanc, Alexander Mackendrick

Laurence Reymond


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