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Petite histoire du cinéma anglais (2/10)
Dès sa naissance, le cinéma anglais a énormément adapté de romans et pièces de théâtre. De Shakespeare à Harold Pinter, d’Agatha Christie à Jane Austen, les grands noms de la littérature locale se sont vu portés à l’écran à moult reprises. Une culture pas peu fière d’elle-même, certes, mais aussi un plaisir assumé de la narration.
Mais la figure majeure de l’adaptation shakespearienne est bien évidemment Lawrence Olivier, immense acteur, et réalisateur plutôt inspiré. Considéré comme le plus grand interprète shakespearien de son temps, il va se lancer dans des adaptations très ambitieuses : Henry V en 1944, qui débute par une présentation de la troupe théâtrale, assumant de manière originale l’écriture théâtrale de ce texte. Hamlet en 1948, est son chef d’œuvre, une méditation fascinante sur le personnage, dans un Noir et Blanc magnifique, et qui lui valu l’Oscar du meilleur film. Enfin, Richard III en 1955 qui est sans doute le moins intéressant des trois, car moins personnel et plus volontiers spectaculaire. Si, dans la famille des acteurs-réalisateurs, Kenneth Branagh a repris le flambeau shakespearien, avec les passages obligés Henry V en 1989 puis Hamlet en 1996, c’est dans la fantaisie et la légèreté de son Beaucoup de bruit pour rien (1993) qu’il a su se détacher de la figure omniprésente d’Olivier.
Dans la catégorie « adaptation de luxe », l’Américain James Ivory tient une place particulière dans le cinéma anglais. D’abord, parce que sa filmographie le fait passer pour un pur citoyen britannique aux yeux du monde, puisque après s’être consacré à Henry James (Les Européens en 1979 et Les Bostoniennes en 1984), il se lance dans le filon E.M.Forster, écrivain anglais dont les romans victoriens ont tous été adaptés un jour pour le cinéma. Chambre avec vue (1985), Maurice (1987), Retour à Howards End puis Les Vestiges du jour en 1993, mais cette fois d’après le Japonais Kazuo Ishiguro. Si ces films sentent un peu la naphtaline et ne reculent devant aucun cliché, leur très grand succès à sans doute contribué à relancer la mode des films en costumes. En 1988, Stephen Frears fait une infidélité au réalisme social pour la noblesse perverse des Liaisons dangereuses, puis se succèdent La folie du roi George, Carrington, et les nombreuses adaptations de Jane Austen, telle que Raison et sentiments en 1995 jusqu’à Orgueil et préjugés en 2006.
Si le haut du panier littéraire est ainsi naturellement porté à l’écran, les anglais étant par ailleurs de grands lecteurs de romans d’aventure, il y a aussi toute une tradition du film d’espion (« spy film ») et du film criminel (« crime film ») qui se développe outre-Manche. Fondée sur les ruines d’une immense fierté de l’Empire, sur une situation politique complexe et sur un goût déjà prononcé pour la politic fiction, les Anglais y jouent à se faire peur. Armée, services secrets, MI5, théorie du complot, tueurs en série peuplent de nombreux romans de gare, des « serial » publiés dans les quotidiens du début du XXeme siècle, où l’on promet des invasions et des risques de guerre permanents. Les lecteurs se les arrachent. Depuis The Invaders réalisé par Percy Stow en 1909, en passant par Sabotage d’Hitchcock (premier film sonore anglais en 1929) et bien sûr la saga des James Bond à partir des années 1950, adaptée de Ian Fleming, les Anglais aiment à sauver le monde, ou du moins leur île, des périls internationaux.

Illus.1 : Hamlet, Lawrence Olivier
Illus.2 : Beaucoup de bruit pour rien, Kenneth Brannagh
Illus.3 : Les Liaisons dangereuses, Stephen Frears
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