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Dans les années 1980, le mouvement skinhead vu à travers le regard d’un garçon de 12 ans. Point de dénonciation dans ce titre, This Is England , mais une tentative réussie de plongée dans cette période trouble, avec une galerie de personnages mémorables.
Shaun a 12 ans, il vit avec sa mère dans une banlieue pauvre du Nord de l’Angleterre, en 1983. Son père est mort au front pendant la Guerre des Malouines, Margaret Thatcher est au pouvoir, et Shaun est un solitaire, renfermé et en crise. Lorsqu’il croise une bande de post-adolescents plus âgés que lui, vaguement en voie de désinsertion mais plutôt stylés et sympathiques, il trouve avec eux une nouvelle famille, où il n’est plus moqué parce que pauvre, mal habillé ou trop petit. Benjamin du groupe, Shaun prend le look, écoute du ska et du punk, fait des bêtises d’ados. Et puis un jour, Combo, un skinhead raciste et nationaliste, sort de prison et tente de reprendre la tête du petit groupe. Plus facilement manipulable, Shaun suit ce leader charismatique, d’une réunion d’un parti d’extrême droite jusqu’à la violence quotidienne. Parcours vers l’endoctrinement, This is England porte un regard particulièrement documenté sur un mouvement et une époque que le cinéaste a connus de près.
Comme toute bonne reconstitution historique au cinéma, This is England relève à la fois de l’effet de réalisme et d’un pouvoir de symbolisme qui transcende l’Histoire. Soit une très bonne reconstitution des années 1980 et du Thatchérisme, avec l’aspect sordide des rues ouvrières du nord de l’Angleterre, les habitations vétustes, le style vestimentaire so… so. Le film donne un éclairage neuf sur le milieu des Skinheads, avec ses réseaux mêlant politique et populisme, nous rappelant au passage qu’il ne se résume pas à des groupes de malabars aux crânes vides et rasés mus par un nationalisme et un racisme endémiques. Avant que cette image ne domine, les origines de cette culture remontent au ska, à Madness et The Specials, à une manière de se soutenir entre jeunes gens pauvres et sans avenir à l’horizon. Successeurs des Mods, baignés de musique noire, les ancêtres des Skins naissent avec les années 1980 et adoptent un look semi-militaire (crâne rasé et Doc Marteens) semi-dandy prolétaire (chemise à carreaux, bretelles, jeans bleus). Les deux groupes que traverse Shaun représentent ainsi les deux tendances - soft et hard - du « label » skinhead. Mais le cinéaste ne verse jamais dans l’analyse ou dans le démonstratif : ses personnages sont tous dotés d’une belle profondeur, en particulier Combo, vrai méchant et surtout véritable victime d’un système social en faillite, dont la principale coupable apparaît dans quelques images d’archive : Margaret T.
La grande force du film ne consiste pourtant pas à simplement documenter avec précision une période donnée (bien qu’il le fasse brillamment) mais plutôt à donner naissance à des figures qui s’imposent comme à la fois produits de leur temps et individus propres. Shaun tout d’abord, merveilleuse trouvaille d’un acteur non professionnel mais capable d’une intensité foudroyante. Digne héritier de l’adolescent de Kes de Ken Loach, il nous rappelle à quel point le cinéma anglais peut toucher juste lorsqu’il s’intéresse à sa jeunesse (cf les films de Alan Clark comme Elephant). Shane Meadows joue aussi à fond la carte de l’effet de groupe. Cela se ressent en terme de mise en scène : lorsqu’il filme la bande, le cinéaste utilise les procédés quasi clipesques, usant de ralenti et de travelling, qui donnent à ses personnages la dimension d’une pure image, ce qui touche finalement bien plus juste, puisque tous leurs codes visent à dépasser l’individu en imposant un style et une attitude. Une manière aussi de souligner à quel point la musique peut être le ciment de toute une jeunesse anglaise. Car, à défaut d’être populaire, on peut toujours être pop… ou punk.
This Is England
De Shane Meadows
Avec Thomas Turgoose, Stephen Graham, Jo Hartley
Sortie en salles le 10 octobre 2007

Illus. © Ad Vitam