Le spectaculaire spectacle non spectaculaire
Alors que les comédies musicales s’apprêtent à investir de nombreux théâtres parisiens, le Châtelet accueille jusqu’au 12 octobre, Monkey, Journey to the West, opéra traditionnel chinois revisité par Damon Albarn. Le très connu et très attendu leader de Blur et inventeur de Gorillaz signe la musique, Chen Shi-Zheng mondialement connu et apprécié dans son art, met en scène la féérie visuelle.
Bien sûr, qu’une star occidentale du pop-rock se mette à écrire la musique d'un opéra chinois vieux de plusieurs centaines d'années a de quoi intriguer et donner envie d’aller y voir. L’affiche est alléchante et attire les curieux. D’ailleurs ils sont nombreux des plus jeunes habillés hip-hop aux plus vieux plus sages et visiblement plus habitués à fréquenter les lieux, à avoir fait le déplacement au Théâtre du Châtelet. Toutefois l’expérience pourrait s’arrêter là, se borner à l’exercice de la rencontre, a priori improbable, entre plusieurs âges et plusieurs mondes. Car cette entreprise étonnante est a priori bien venue. Cette réunion de deux traditions si différentes pourra même être considérée comme une ode à la compréhension entre les peuples. Si on peut appréhender Monkey, Journey to the West de cette manière, reste que ce spectacle, follement dingue, ne se résume pas à cette idée certes bien belle mais un peu trop sage et convenue.
La force virulente de cet opéra singulièrement éclatant est d’échapper à tous carcans. Si tous les éléments attendus du genre sont là, ils se retrouvent revisités au gré des besoins de l’histoire. De la contorsion aux jonglages, pirouettes, prouesses physiques et vocales, le tout conjugué à l’orchestre symphonique qui convoque les instruments les plus étranges, du klaxophone au Zhongran. Tout est là mais là où on ne s'attendait pas à le trouver. Pourtant ici rien de forcé ni de spectaculaire au sens premier du terme. Tout semble naturel, appartenir à la logique de chacun des mondes traversés en neuf tableaux par la Roi Singe et sa protégée. Les sentiments provoqués ne le sont jamais gratuitement. Certes nous sommes ébahis mais jamais déconnectés du contexte.
Or Damon Albarn et sa bande ont créé un spectacle total, au sens premier du terme, c'est-à-dire conjuguant tous les éléments de tous les genres de spectacles : des images animées (créées par Jamie Hewllett, déjà inventeur de l’identité visuelle de Gorillaz ndlr), des éléments scéniques visuels et sonores. La musique se balade avec aise entre les harmonies asiatiques et les sons électroniques, le tout porté par des voix singulières, qu’elles viennent des cœurs ou des solistes. On remarquera ces voix qui donnent une chair vibrante et une âme fragile à l’ensemble. Très impertinent, le Roi des singes, au travers de son périple, passe par tous les âges de l’enfance et arrivera finalement au but qui lui a été fixé par la voie divine. D’ailleurs, sans doute est-ce parce qu’il relate cet état que ce conte a traversé les temps jusqu'à cette forme qui vaut toutes les batailles échevelées pour l’obtention d’une place – à haut prix, cela va sans dire !

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