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Un Secret

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Un secret de Polichinelle

Expliquant quel enfant il a été à travers un long monologue intérieur, François revient sur la manière dont ses parents se sont connus. Juifs, ces derniers se sont rencontrés sous le régime vichyste, sur fond de rafles et de guerre. Stéréotypé et flottant, le Secret de Claude Miller passe à côté de son propos et ne parvient pas à imposer son utilité.

« J’ai senti que l’adaptation du roman de Philippe Grimbert pouvait être l’occasion de rendre un hommage à ma famille », déclare Claude Miller à propos de son film. Assez peu engageante, cette phrase fait écho à l’étrange impression de flottement qu’on peut avoir à la vision de Un secret. Pourquoi un tel film ? On a du mal à trouver une réponse. On pourrait convoquer le fameux « devoir de mémoire » et ses nécessités que quelques actrices avancent pour justifier leur participation à ce projet. Après tout, ce long métrage se passe sur fond de rafle, de guerre et de camps de concentration. Il faut bien dire que cela a existé pourtant, maintenant que 60 ans ont passé, encore faut-il se remémorer l’Histoire et les histoires avec justesse. Car les chromos guettent et la patine menace à tout moment de cacher et d’embellir, de rendre d’emblée un plan trop évidemment cinématographique. D’ailleurs le réalisateur le sait et annonce même sa « peur du pittoresque ». « J’ai peur du maquillage, des accessoires d’époque, des ambiances. Ils ne doivent pas parasiter l’émotion et troubler le spectateur », souligne-t-il encore dans le dossier de presse. La peur n’empêche ni le danger, ni l’accident : la preuve.

Les années 1940 ici représentées sont celles des magazines de déco. Les costumes, les accessoires sont trop parfaits pour qu’on y croie, manipulés par des acteurs qui récitent trop bien leurs textes. Trop sage, trop peu vivant, ce monde semble fonctionner en vase clos. Seule l’évocation du port de l’étoile jaune semble suffire à replacer les personnages dans le contexte historique. Ainsi on s’étonne qu’aucune alerte à la bombe, peu de nazis ou de collabos ne menacent réellement la vie des personnages. Sans doute comprendrait-on mieux alors les relations amoureuses au centre de ce film et la manière dont leur incarnation peut conduire au drame. Las, ramené à une simple histoire de couple et de jalousie, Un secret ressemble à une légère tragédie du divorce. Pourtant, derrière l’intrigue amoureuse, il y a une mort atroce. Dès lors, un sentiment de malaise surgit. Celui-ci se voit renforcé par une esthétique de la nostalgie, présente presque à chaque plan. Peut-on vraiment montrer les années 1940, celles de l’enfance du réalisateur, comme étant celles du fameux « c’était mieux avant ? ».
Car c’est effectivement le sentiment qu’on peut avoir avec cette utilisation un peu lourde de la couleur et du noir et blanc. C’est d’ailleurs le geste de réalisation de ce film : toutes les séquences du temps présent sont en noir et blanc, montrées dans une sorte de gris métallique et froid. Les plans du passé sont colorés, d’une teinte légèrement sépia, douce. Cette idée, pour le moins grandiloquente, qui va à l’inverse d’une convention établie, aurait pu servir le propos mais elle est ici utilisée comme un simple truc, si bien qu’on en vient à interroger l’utilité du bouleversement chronologique de cette histoire.

« Je suis né en 1942, poursuit Claude Miller. Il n’y a pas beaucoup de survivants dans ma famille : la plupart de mes oncles, tantes et grands-parents ne sont pas revenus des camps de concentration. Enfant puis adolescent, je fus hanté par cette histoire traumatisante et anxiogène. » Avec de tels propos, le réalisateur gagne par avance une légitimité à traiter du sujet. Sa souffrance semble même le rendre inattaquable et les critiques auraient dès lors mauvaise grâce à dire que son film passe à côté de son propos. Pourtant c’est le cas. Par bien des aspects (on citera notamment la convocation d’images d’archives – sans doute tirées du Shoah de Claude Lanzmann) Un secret donne davantage l’impression de se servir d’un sujet tragique pour tirer la sympathie du spectateur à lui et corser l’aspect dramatique du scénario, plutôt que de servir le sujet. Si certaines grandes questions sont évoquées, le film ne les pose jamais vraiment. Restant en surface, il s’embarrasse ainsi de stéréotypes et d’une emphase que la plupart des comédiens, servent, pour le coup, avec brio.

Un Secret
De Claude Miller
Avec Cécile De France, Patrick Bruel, Ludivine Sagnier
Sortie en salles le 3 octobre

Illus. © Thierry Valletoux / UGC

Anne-Laure Bell