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Quand l'embryon part braconner

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La mémoire dans la peau

Reprise d’un film marquant du cinéaste à tendance anarchiste Koji Wakamatsu, Quand l'embryon part braconner nous replonge dans une époque où l’extrême violence et la crudité des images avaient encore un sens. Une merveille.

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Sadao flirte avec son employée Yuka. Une fois chez lui, il la drogue pour pouvoir la fouetter et l’insulter, comme un substitut de sa défunte femme qui avait osé vouloir lui faire un enfant, contre son souhait à lui. À son réveil, couverte de marques, Yuka se fâche, tente de partir, mais les pulsions sadiques de Sadao reprennent le dessus et les sévices avec. Humiliée, traitée comme un animal, torturée, affamée, Yuka tente tout ce qu’elle peut pour s’enfuir. Huis clos entre tortionnaire et victime, le film ne se place pourtant pas dans la même lignée historique et analytique que le Salo de Pasolini. Avec l’effet étouffant de la répétition des tortures, et l’impression de cauchemar éveillé qu’il nous donne, moins clinique et plutôt baroque, le film s’inscrit dans un genre très populaire à son époque, le film Pink, manière de teinter de rose, d’érotisme, le genre plus classique du mélodrame. Comme si le dérapage guettait même le plus classique des foyers, l’explosion de la violence provient d’une démence bien trop humaine.

Wakamatsu n’est pas n’importe quel cinéaste érotomane : à travers ses nombreux films, il a expérimenté un cinéma ultra-politique et engagé. Il passe ainsi de Stratégie érotique (1963), Pink classique, à une série de films où les actions d’extrême gauche se parent de sexe – Les Anges Violés (1967), La Vierge Violente (1969), L’extase des anges (1972), jusqu’à son engagement personnel pour l’indépendance de la Palestine, qu’il filme dans Déclaration de guerre mondiale – Armée rouge, Front de Libération Palestinien (1971). Un parcours étonnant qui éclaire d’autant mieux le rapport de force proche de la démence présenté ici. Il utilise en effet le sadisme de son personnage pour placer le spectateur face à la violence inouïe du refoulé, dont les conséquences sont inépuisables. Les nombreux flash-back sur le mariage raté de Sadao en font une sorte de petit garçon frustré et colérique, pétri d’idées trop grandes pour lui.

L’interdiction du film aux moins de 18 ans par notre CNC national en dit long sur la stupidité du censeur, mais se fait surtout l’écho d’une incompréhension et peut-être d’une peur d'observer cette violence de manière frontale et hors de nos carcans moraux actuels. Tandis que la série des Saw écope au maximum d’une interdiction au moins de 16 ans, alors que la violence y est montrée comme un pur plaisir, le sort de Yuka face à ce tortionnaire bien trop humain semblerait presque « soft », filmé dans un style cru mais nullement « réaliste », dans un beau noir et blanc et un sens du cadre qui imposent une distance salutaire au spectateur. D’ailleurs, pour sa façon brillante d’aborder du même coup les violences sociales, la guerre des sexes et la domination psychologique de certains individus sur les autres, ce film devrait même être montré à l’école – un lieu où tous ces thèmes trouvent déjà un écho décisif. Un film à voir d’urgence, et en famille, définitivement.

Quand l'embryon part braconner
De Koji Wakamatsu
Avec Hatsuo Yamatani, Miharu Shima
Sortie en salles le 3 octobre 2007 - Interdit aux moins de 18 ans

Illus. © Zootrope Films

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Laurence Reymond