Trois expos, extrêmement complémentaires, présentent, jusque début janvier, au Louvre et aux Arts décoratifs, un regard sur les arts de l’islam, de l’Iran safavide aux collections de la fondation Aga Khan, et autres ères d’influence. Un parcours quasi initiatique, qu’il convient de commencer par la mise en perspective historique de la découverte, dans l’Hexagone, de ces formes perçues comme « exotiques », à la fin du XIXè siècle.
La politique d’acquisition du Musée des Arts décoratifs, tout comme l’invention de la photographie (voir l’exposition consacrée à la Société de géographie à la BNF), ont fortement contribué à la connaissance des pays lointains. On ne se contente plus que croire les récits d’explorateurs, ou de recevoir des délégations officielles, on va vérifier sur place et l’on ramène autant d’éléments matériels que possible, que l’on soumettra ensuite à l’étude.L’intégration
La collection d’objets, de vêtements et de tissus constituée à l’époque à Paris distingue, dans le monde islamique, trois grands ères géographiques : le monde arabo-andalou, la Perse et l’Inde moghole (ces deux dernières étant parfois confondues). L’exposition intitulée Purs décors ? Chefs d’œuvre de l’islam en est un reflet pédagogique et structuré. Le plus intéressant, dans cette proposition, est la manière dont les artistes et artisans hexagonaux se sont emparés, au tournant du siècle, de ce corpus formel. Dans la copie d’abord et les dents grincent à la vue du manque de finesse de certaines imitations, puis dans l’interprétation et dans l’assimilation à un répertoire plus typiquement européen. Il n’en reste pas moins que l’exotisme est en grande vogue, pendant les années folles mais l’on reste au niveau du décor et non de la philosophie profonde qui préside à la création, dans ces pays de l’islam.
L’évolution stylistique
A deux pas, le Louvre accueille deux expositions en écho. L’Iran safavide (XVIè – XVIIIè siècle), bien représenté dans les collections des Arts décoratifs, est exalté dans Le Chant du monde. Là, la relation étroite entre tradition et création, les aller retour entre religion et art sont habilement mis en évidence. Les années passent, les règnes aussi, les esthétiques évoluent, à peine pourrait-on dire à certains moments, de façon beaucoup plus flagrante à d’autres, au fur et à mesure des contacts plus étendus avec l’Orient d’une part et l’Europe d’autre part. L’art des miniatures et des bassins à vin en sont les exemples les plus probants. L’incroyable finesse dans l’exécution fait place à un recul, une vision moins microscopique.
Les figures de l’islam
Dans une autre aile du musée, les Chefs d’œuvre islamiques de l’Aga Khan Museum montrent une toute petite partie des collections qui seront offertes au public à Toronto, lorsque l’institution sera ouverte. Pour l’heure, les Parisiens ont droit à un condensé choisi avec une extrême intelligence et un goût très sûr. Ici, peu d’exotisme ; une volonté, au contraire, de souligner l’importance stylistique des contacts du monde islamique avec les autres civilisations, à travers les conquêtes expansionnistes. D’où la présence de pièces où les influences chinoises ou européennes sont flagrantes. Ailleurs, ce sont des traits d’une modernité époustouflante qui nous amènent à reconsidérer la création contemporaine, toujours (souvent) largement inspirée de ce qui a précédé (voir l’exposition consacrée à Christian Lacroix, au musée des Arts décoratifs). Mais le plus touchant, dans cette exposition de la Fondation Aga Khan, est sans doute le côté palpable de la connaissance profonde des ressorts de la création, dans un monde où le sacré est inscrit dans la vie quotidienne. Le plus évident reste le traitement esthétique de calligraphies de textes saints poussé à l’extrême de la lisibilité, mais d’une beauté formelle incomparable.
- Purs décors ? Chefs d’œuvre de l’islam aux Arts décoratifs, jusqu’au 13 janvier
- L’Art de l’Iran safavide , jusqu’au 7 janvier, au Louvre
- Chefs d’œuvre islamiques de l’Aga Khan Museum , jusqu’au 7 janvier, au Louvre

Illustrations :
- Iris, de Mohammad Zaman, détail
- Lampe au nom de Baybars II, Égypte ou Syrie, 1309-1310
- Tabriz, 1524-1539, © Smithsonian, Feer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery
- Tenture ou dessus-de-lit à décor floral, Ouzbékistan (Boukhara) ou Anatolie, XIXe siècle
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