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Retour en Normandie

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Les fils du temps

De retour sur les terres de ses débuts, Nicolas Philibert réalise un documentaire personnel et pourtant tourné vers les autres. Sa qualité d’écoute révèle peu à peu les fils invisibles qui unissent cinéma et réalité, passé et présent. Une lente dérive, attentive à la poésie de l’existence.

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Premier assistant à la mise en scène sur le film de René Allio Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère (1975), le jeune Nicolas Philibert (24 ans) avait, pour l’occasion, recruté des paysans. Avec des acteurs professionnels, ils jouèrent le drame survenu 140 ans plus tôt dans leur région et côtoyèrent aussi Michel Foucault (1), intéressé par la dimension psychiatrique de l’histoire. Retour en Normandie redonne la parole à ces acteurs improbables.

Ils évoquent d’abord l’empreinte durable laissée par le surgissement du cinéma dans leur vie. Avec un brin d’inquiétude et beaucoup d’enthousiasme, ils ont adhéré à cette expérience, sans pour autant la surestimer. Mais ce n’est pas vraiment le propos, plutôt le point de départ. De ce souvenir fort et partagé surgissent en effet de nombreux thèmes comme le cinéma, le monde du travail (laboratoire Eclair), la folie ou l’évolution de la psychanalyse.

Passant des témoignages d’aujourd’hui à la fiction d’Allio, Philibert reproduit le troublant mélange des genres de l’original (passé/présent ; réalité/fiction ; individus/personnages). Des extraits de celui-ci servent de colonne vertébrale à une narration étonnante aux arborescences multiples. Déstabilisant par son absence de sujet précis, ce documentaire laisse apparaître sa richesse, doucement. Au rythme de la campagne. Sa fausse indolence lui permet pourtant d’aller plus loin et notamment de laisser émerger les liens subtils, indéfinissables, qui unissent les individus à leur histoire, le passé au présent. Au détour du récit, Philibert les dévoile, sans les souligner. A nous de les saisir. Chacun son travail en quelque sorte.

Il y a pourtant de quoi se perdre dans ce dédale de personnages et de récits, mais l’auteur connaît son cap. En suivant le courant, il dérive au gré des mots de ses interlocuteurs, mais peut bifurquer brusquement en créant, par le montage, des passerelles étonnantes ou logiques. Celles-ci relient les niveaux de lecture que remonte sa caméra discrète comme les strates d’un terrain. Géologue de l’histoire des hommes, sans chercher la précision d’un généalogiste, il suggère des chemins de filiation légèrement voilés de mystère. A partir d’une réalité simple, il ouvre ainsi une fenêtre poétique qui éveille notre réflexion, sans forcer l’interprétation. Il nous rappelle surtout que le temps et l’attention sont deux précieux alliés de l’intelligence.

Mais, au fait, c’était quoi le sujet ?

Retour en Normandie
De Nicolas Philibert
Avec Claude Hébert, Joseph Leportier, Gilbert Peschet
Sortie en salles le 3 octobre 2007

(1) lire sur le sujet « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère... Un cas de paricide au XIXème siècle » (1973), ouvrage collectif auquel participa Michel Foucault.

Illus. © Les Films du Losange

Marc Petit