Picasso cubiste. Abordant un sujet bateau, mais plus complexe qu’il n’y paraît, l’exposition du musée Picasso déploie un nombre impressionnant d’œuvres de la période cubiste du peintre espagnol, co-fondateur du mouvement avec Georges Braque. Et constitue une leçon par la forme sur les enjeux de la peinture au début du XXe siècle.

Si le manque d’originalité du thème de l’exposition de rentrée du musée Picasso peut surprendre, le visiteur sera une nouvelle fois bluffé par le génie exceptionnel du peintre, qui, à une vitesse folle, a traversé le siècle précédent en créant à tours de bras de nouveaux styles, comme le cubisme, et en faisant de la pratique de la peinture un jeu sérieux.

Labyrinthe cubiste
On sera bien sûr déçu de ne pas rencontrer sur les cimaises de l’hôtel Salé les trop célèbres Demoiselles d’Avignon de 1907, tableau dont on fête cette année le centenaire, conservé jalousement par le MoMA de New York. Le visiteur exigeant se consolera donc par quelques études pour l’œuvre, et surtout par les quelques 350 numéros qui jalonnent le parcours labyrinthique de l’expo. De sa genèse cézanienne et « nègre », à ses développements « abstractisants » ou statuaires, le cubisme picassien y est largement expliqué et illustré, de manière à en cerner enfin toute la richesse, à la fois formelle et conceptuelle. Seul bémol, l’exposition, centrée sur la figure de Picasso, sous-estime, de fait, l’importance du dialogue entre Braque et Picasso dans la genèse du mouvement : la première toile véritablement « cubiste » est en effet une œuvre de Braque, Les Maisons à l’Estaque, non visible ici (on doit d’ailleurs le terme à Matisse, qui désigna cette composition par « de petits cubes »).
Débarqué de Barcelone en 1900, Picasso côtoie les milieux artistiques d’avant-garde parisiens, et peint, pendant les quelques années de la « période bleue », des toiles dramatiques, largement inspirées du Gauguin et de Matisse, l’expérience du « cylindre et de la sphère » cézaniens, enfin la découverte des arts « primitifs », non seulement africains, mais aussi océaniens et ibériques, vont revigorer son art, lui donner une force plastique inégalée. Picasso simplifie les formes, non pas grâce à la couleur, comme son rival Matisse, mais grâce à la ligne et à la suggestion des volumes. Plus tard il dira : « Nous avons essayé de nous débarrasser du trompe-l’œil pour trouver le “trompe-l’esprit” ». Pour peu qu’on l’ait oublié, le cubisme n’est donc pas seulement affaire de formes, mais aussi de « concept ».

Cubisme(s)
Au fil de l’exposition on voit les courbes se rigidifier, comme dans l’Autoportrait de 1906, avant que les formes ne se fractionnent en multiples facettes, comme vues dans un kaléidoscope. C’est la phase « analytique » du cubisme (1910-1912), sans la doute la plus difficile à assimiler par l’œil comme par l’esprit, mais à laquelle ont doit des œuvres extraordinaires de complexité visuelle comme L’Homme à la mandoline. Parvenant aux frontières de l’abstraction, Braque et Picasso amorcent à partir de 1912 un retour au réel, en intégrant dans leurs toiles des éléments matériels illusionnistes : ce sont les papiers collés (Nature morte à la chaise cannée) du cubisme « synthétique », à mi-chemin entre la peinture et le ready-made duchampien. En sculpture, la période correspond à l’éclatement des formes, pour une vision simultanée des différentes faces d’un objet : la Guitare de 1912 en tôle découpée, ou le Verre d’absinthe de 1914 en bronze représentent de véritables défis visuels.
A partir de 1914, Picasso va petit à petit abandonner le cubisme, se concentrant, sous l’influence du surréalisme, sur les capacités suggestives du matériau. Ayant frôlé l’abstraction, et après le traumatisme de la Grande Guerre, il reviendra à un certain classicisme, à une forme harmonieuse enfin retrouvée, nouvelle mais non pas ultime étape de l’œuvre de l’artiste, pour qui « tout art est transitoire ».

A voir également au musée Picasso jusqu’au 7 janvier 2008 : « 1937 Guernica 2007 », photographies de Gilles Peress, chronologie par l’image de la genèse du grand chef-d’œuvre de l’artiste.

Picasso cubiste
au Musée Picasso à Paris
du 19 Septembre 2007 au 07 Janvier 2008

Pablo Picasso, printemps 1913 ; Paris, Musée Picasso. © Rmn S/P - Succession Picasso 2007)
Magali Lesauvage



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