D'Auguste Renoir à Anselm Kiefer à la Cité de la Musique
La Cité de la Musique poursuit sa passionnante exploration des rapports entre la musique et les arts. L’exposition montre l’immense influence qu’exerça Richard Wagner, fondateur de mythes et compositeur révolutionnaire, sur les arts visuels, de la génération symboliste aux artistes contemporains.
Wagnermania
L’exposition de la Cité de la Musique se parcourt un casque vissé sur les oreilles, L’Or du Rhin ou Tristan et Isolde à plein volume. Dès lors certains œuvres présentées paraissent presque pâlichonnes quand se déploient les mélodies monumentales et profondes du compositeur allemand. Se basant sur des mythes germaniques, Wagner compose des opéras fleuves à partir de scénarios complexes, où se retrouvent les notions de quête spirituelle (Tannhaüser, L’Anneau du Nibelung, dont Tolkien s’inspira pour Le Seigneur des Anneaux), de trahison (Tristan et Isolde), ou de perfection (Parsifal).
A sa mort en 1883, la jeune génération de peintres et de sculpteurs lui voue un véritable culte : La Revue wagnérienne est l’un des principaux organes de la presse artistique, et de l’impressionniste Renoir, en apparence fort éloigné des ambiguïtés wagnériennes, à des artistes ésotériques tel Jean Delville (dont on peut voir un fascinant portrait dessiné de Parsifal) ou Fernand Khnopff, Wagner déchaîne les passions. Des cycles entiers de peintures sont consacrés à ses œuvres. On vénère non seulement sa musique, mais aussi son personnage et ses idées (notamment celle de Gesamtkunstwerk, ou « œuvre d’art totale », qui exerce une immense influence sur le théâtre et les arts au tournant du XXe siècle), et chacun rêve d’aller écouter la Tétralogie à Bayreuth.
Wagner aujourd’hui
Aujourd’hui le compositeur connaît un regain d’intérêt parmi certains artistes contemporains, notamment chez les peintres allemands, tels Georg Baselitz, Markus Lüpertz ou Anselm Kiefer, dont on peut voir ici plusieurs toiles inspirées de la mythologie wagnérienne, elle-même profondément ancrée dans la culture germanique. Le caractère à la fois très narratif et symbolique de la musique de Wagner a également séduit dès le début du XXe siècle le cinéma : de The Birth uiof a Nation de David Griffith, en 1915, à Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, en 1979, les grands drames wagnériens s’adaptent idéalement à un cinéma épique.
Concluant l’exposition, une vidéo de Bill Viola, Becoming Light (2005), réalisée pour une mise en scène de Tristan et Isolde, montre à quel point la musique de Wagner ne supporte pas la simple illustration. Un couple nu surnage dans une eau lumineuse : apparaît alors la parfaite adéquation que souhaitait Wagner entre la musique et l’image, toutes deux mouvantes, ponctuées de reflets, poétiques, universelles.
Richard Wagner, visions d’artistes. D’Auguste Renoir à Anselm Kiefer
Cité de la Musique. Musée de la Musique
25 octobre 2007 – 20 janvier 2008
Illustrations :
- Koloman Moser, Le Voyageur (Wotan), 1918
© Direktion der Museen der Stadt Wien, photographie : Fotostudio Otto, Vien
- Jean Delville, Parsifal, 1890
© 2005, ProLitteris, Zurich. Galleria del Levante, Milan
- Aubrey Beardsley, Siegfried, IIe acte, vers 1892-1893
© V & A Images/Victoria & Albert Museum

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