La collection de la Fondation Giacometti est à l’honneur cet automne à Paris avec deux expositions rétrospectives de l’œuvre de l’artiste suisse, visibles à la Bibliothèque nationale et au Centre Pompidou : Giacometti, l'oeuvre gravée et L'atelier d'Alberto Giacometti. Par laquelle faut-il commencer ?

Giacometti graveur
C’est peut-être par son œuvre gravé que l’art d’Alberto Giacometti (1901-1966), par ailleurs sculpteur et peintre, se laisse le mieux aborder. A mi-chemin entre la peinture et la sculpture, la gravure est pour l’artiste, à l’instar du dessin, le sanctuaire de l’intime, le procédé hésitant où les ratures et les reprises sont essentielles, voire donnent un sens à l’œuvre.

La Bibliothèque nationale donne à voir cet aspect moins connu de l’œuvre de Giacometti, et permet de pénétrer au cœur du processus de création grâce à la présentation de matrices et d’épreuves retouchées. Installé à Paris en 1922, l’artiste originaire de la Suisse italienne évolue à partir de la fin des années 1920 dans la constellation surréaliste, ce qui lui permet de s’associer à divers projets littéraires. Il illustre des recueils d’André Breton, René Char, Michel Leiris ou Georges Bataille, réalisant notamment une trentaine d’études pour Histoire de rats (1947). Parallèlement à cette activité d’« illustrateur », terme réducteur puisque Giacometti ne se contente pas d’imager le texte, mais en complète le sens, l’artiste crée également des estampes « en feuille », déclinant les thèmes de son univers personnel, essentiellement des portraits de proches et des vues d’atelier. Une Tête d’homme (1964), isolée au centre de la feuille dans un face à face existentiel avec le spectateur, et quelques portraits en buste, sont ainsi délicatement dessinés sur la pierre lithographique ; dans une autre technique, l’eau-forte mordant la matrice permet à l’artiste un rendu trouble de la réalité (Atelier au chevalet, 1965).

L’atelier de l’artiste
L’exposition du Centre Pompidou, si elle présente un panorama beaucoup plus large de l’œuvre de Giacometti, convainc beaucoup moins par le manque d’élégance de la présentation, la sélection hasardeuse des thèmes, mi-chronologiques, mi-thématiques et le recours à la présentation de plâtres (intermédiaires nécessaires entre l’œuvre originale en terre et la fonte en bronze), présents à profusion dans les collections de la Fondation Giacometti, mais qui ne possèdent pas la monumentalité et la finesse du bronze.

Alignées, ou plutôt ânonnées sur un fond blanc clinique, sous le prétexte que l’exposition a pour thème « l’atelier » de Giacometti, les multiples études de l’Homme qui marche, œuvre extraordinaire réalisée en hommage à l’œuvre homonyme de Rodin et défi à la stabilité de la sculpture, les Grands nus hiératiques, et même les énigmatiques œuvres surréalistes, comme Le Nez (1947) ou La Boule suspendue (1930) perdent ainsi de leur aura.
Les dessins et peintures, essentiellement des figures en buste assises, pâtissent moins de cette muséographie étonnante, où les superbes études dessinées d’après des œuvres égyptiennes ou médiévales, pour pertinentes qu’elles soient pour comprendre les influences formelles de l’artiste, sont placées en toute fin de parcours... Triste hommage à un artiste dont la complexité de l’œuvre n’est ici pas révélé.

« Alberto Giacometti, œuvre gravé »
paris, Bibliothèque nationale de France, site Richelieu – galerie Mazarine
19 octobre 2007 – 13 janvier 2008

« L’atelier d’Alberto Giacometti »
Paris, Centre Pompidou
17 octobre 2007 – 11 février 2008

Illustrations :
Tête d'homme, Alberto Giacometti, 1964
Homme qui marche, Alberto Giacometti, 1960
Nu debout sur socle cubique, Alberto Giacometti, 1953, Coll. Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris
© Adagp, Paris, 2007

Magali Lesauvage



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