L’expo-phare de la rentrée, dans les galeries du Grand Palais ? Design contre design offre un cabinet de curiosités qui, en quelque 200 pièces (meubles et objets), entrechoque formes, styles et époques. Un parcours ludique qui joue plus la corde du plaisir, de la surprise et de l’humour que celle du cours magistral d’histoire de l’art.

« Design», de l’anglais : dessin, plan, esquisse, devenu une esthétique industrielle appliquée à la recherche de formes nouvelles et adaptées à leur fonction. Par glissement sémantique, le mot a ensuite plutôt évoqué un objet bien dessiné, ou tout simplement tendance, le concept lui-même devenant un brin fourre-tout.

Quatorze ans après Le design miroir du siècle, déjà présentée au Grand Palais, l’objet de l’exposition Design contre design n’est pas de livrer un cours magistral sur ce mouvement, explorant par le menu son évolution chronologique et ses divers courants, mais plutôt de faire dialoguer les formes et les images. Mission accomplie. Sur un parcours total de 1200 mètres carrés, qui embrasse rien moins que deux siècles de création depuis la révolution industrielle à nos jours, Jean-Louis Gaillemin, commissaire et Hubert le Gall, scénographe de l’exposition surprennent… et amusent.

Quelque 200 pièces, de la théière microscopique au banc-iceberg (l’une des pièces maîtresses du parcours) invitent donc à un voyage singulier pluriel, plus distrayant que véritablement pédagogique. C’est peut-être là sa limite. Hormis de flamboyantes images – ce qui est déjà pas mal - que reste-t-il de tout cela à la sortie de ce cabinet de curiosités, façon caverne d’Ali Baba ?
200 pièces donc, mises en scène dans trois galeries et deux rotondes, espaces tour à tour vastes et lumineux et cocons feutrés plus sombres – parfaite scénographie, et habillage musical idoine. Pas de classification par genres, par époques, pas d’organisation chronologique (le commissaire refusant d’opter pour une « histoire trop exhaustive et trop dense »). Et pourtant un parcours limpide, et jouissif.

Contexte et architecture
Thèmes explorés : les rapprochements formels (droite, courbe, informe), les influences du contexte sur la création (à ne pas rater, cette salle captivante qui fait la part belle aux objets inspirés du végétal ou de l’animal), le rôle de l’architecture et les divers exercices de styles. Chaises et théières, fauteuils et bancs, tables et commodes… Aucune pièce ne ressemble à une autre. C’est un véritable feu d’artifice de matières, de formes et de couleurs, de styles et d’écoles, entre épure et fantaisie, sagesse et folie douce, finesse et traits plus bruts. Ici les salières aux armes de Guillaume V de Bavière en faïence (1576), là le canapé pool and pouf (ci contre) en cuir capitonné de Robert Stadler (2004). Ici l’incroyable bar « chat polymorphe » en acier, bois, laiton de François-Xavier Lalanne (1968), là un sublime aquarium japonisant en bronze et verre (1875) ou l’étonnante chaise Woman d’Allen Jones, où une sculpturale créature en bottes de cuir et short très short propose sa croupe en siège.

L’ensemble culmine quand les œuvres d’art se font antres à part entière : la « Maison-utérus » (The Womb House - illus. ci dessous) , œuvre rouge monumentale et singulière de Joep van Lieshout qui réunit rien moins qu’un lit, un frigo, des toilettes et une douche. On a bien du mal à ne toucher qu’avec les yeux, tant toutes ces créations invitent au contact.

En revanche, en toute fin de parcours, prière de prendre possession du Phantasy landscape de Robert Panton (1970). Un cocon ouaté rouge et violet où, chaussé de chaussons spéciaux, vous allez vous lover dans des formes douillettes de mousse à l’éclairage tout doux, en écoutant Stevie Wonder vous sussurrer « I wish » à l’oreille. Plaisir pur et sieste garantie !

Design contre Design Deux siècles de créations
Galerie nationale du Grand Palais
du 26 septembre 2007 au 7 janvier 2008
tous les jours sauf mardi. Conférences tous les mercredis soirs, visites-ateliers. Catalogue 372 pages 59 euros.

illustrations :
- Top : (à gauche) Montage de 2 pièces de mobilier André Groult et Marc Newson © Succession André Groult / Adagp, Paris 2007 / Marc Newson, Pod of drawers, 1987 – Galerie Kréo, Paris et (à droite) Pod of drawers. Marc Newson, 1987 © Courtesy Galerie Kréo - Marc Newson 2007
- 1. Luminaire, Tide Chandelier, Stuart Haygarth, 1996. Objets ramassés sur les plages du Kent. Tools Galerie, Paris © Stuart Haygarth / Courtesy Tools Galerie, Paris
- 2. Pools & Pouf !, Robert Stadler, 2004. Ensemble de 5 objets "pour s'asseoir", cuir capitonné, PVC, contreplaqué. Edition Klaus Engelhorn ; FRAC Nord Pas de Calais, Dunkerque / © Photo : Patrick Gries
- 3. The Womb House, Atelier Van Lieshout, 2004. Mousse de polyuréthanne, fibre de verre 212 x 536 x 660 cm. Jousse entreprise, Paris © Atelier Van Lieshout - Courtesy Jousse entreprise, Paris / photo : Doryck Sembaz

Nedjma Van Egmond



Sur Flu :
- Voir les fils d'actu design sur le blog Aeiou et grand palais sur le blog Arts

Sur le web :
- Le site de la RMN.



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