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L'idéal domestique de la femme asservie, la corruption de l'Amérique du Nord... L'Echange de Paul Claudel est peut-être un beau texte mais il reste contestable. Alors le traiter avec le respect d’enfants de chœur portant le Saint Sacrement, non !
Les pires ennemis de la foi
Voici, résumée allégrement, la problématique de la pièce. À mon sens, cela réclame un autre traitement que d'être lancé au public, comme ça, par des acteurs qui ont l'air de croire vraiment à ce qu'ils racontent, un décor qui ne prive en rien le spectateur (au cas où il en voudrait encore) de la rusticité du bois, la chaleur des tapis, la blancheur des dentelles tendues, bref, de tout ce qui évoque l'univers rêvé de Marthe : le travail et le confort domestique, l'un étant la récompense de l'autre.
La musique de Frédéric Le Junter, musique très belle que produisent des instruments bizarres, évoque encore un monde des origines, un rappel de la part divine de l’humanité, un monde qui rappelle celui de la Genèse, auquel Marthe peut-être seule à accès, parce qu’elle est vierge de cette corruption morale qui mine le nouveau continent.
Parce que l’Amérique est soumise au règne de l’argent-roi. Pourquoi ? Pour la bonne raison que les nations d’Amérique (du Nord) ont été fondées par des hérétiques. Des protestants. Les pires ennemis de la vraie foi, selon Claudel. Pire que les juifs car renégats. Ceux qui ont crucifié Jésus, au moins, ont été pardonnés : « Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’il font »…
Il y a tout cela dans L’Échange. Il y a cela en filigrane du texte de Claudel, il y a cela dans les accents passionnés avec lesquels la blonde Julie Brochen nous présente Marthe, la séraphique. Il y a cela dans la violence féline mêlée de sensuelle suavité avec laquelle la brune Cécile Péricone incarne Lechy Elbernon, la satanique. Car le couple de femmes fonctionne selon l’opposition binaire classique (ange et démon), alors que les hommes se débattent entre cette double polarité. Tous deux finiront victimes de la face sombre du féminin.
Julie Brochen (illus ci-contre) a tout à fait le droit de tenir un tel discours, mais on peut douter qu’elle partage toute la vision que Claudel a des rapports qui existent entre les sexes et du rapport de l’homme à dieu.
Qu’est-ce qui l’a donc poussée à monter ce texte et qu’avait-elle à en dire ? Il y a beaucoup à développer sur une telle œuvre, dont on eut difficilement épuiser la signification. Dommage que le spectacle ne fasse que l’illustrer.
L’Échange, Paul Claudel. Photos
Mis en scène par Julie Brochen
Avec Julie Brochen, Fred Cacheux, Antoine Hamel, Cécile Péricone.
Sur le web
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