Stephan Oriach, réalisateur de nombreux documentaires, s'intéresse au parcours d'Orlan depuis plus de dix ans. Orlan, Carnal Art, film touchant et atypique, propose un panorama subjectif du travail de l'artiste.


Lire l'interview exclusive d'Orlan.

Stephan Oriach rencontre Orlan en 1991 et suit l'artiste durant quelques années avec le projet de réaliser un documentaire. Il filme successivement Opération Opéra (1991), Orlan et Les Peintres d'Affiches de Cinéma (Madras, 1992), Omniprésence (1993) et Opération Réussie n° X (1993). Orlan, Carnal Art, soigneusement monté, se compose essentiellement de ces réalisations antérieures fragmentées, séquencées et enrichies de nouvelles images et de nombreux témoignages. Laissé entièrement libre par l'artiste, Stephan Oriach s'investit totalement dans ce projet original en tenant tour à tour les rôles de réalisateur, monteur, et producteur. En évitant la rétrospective didactique et chronologique, il insiste sur quelques temps forts du travail d'Orlan comme Le Baiser de l'Artiste, la période inspirée de l'iconographie baroque, les opérations-performances et les images numériques. On se promène dans son Œuvre par sauts de puce d'avant en arrière. Ce montage atypique, met en avant la démarche, le processus de création des œuvres, les allers-retours entre le réel et le virtuel à travers les photographies, vidéos, images numériques et reliquaires.
Orlan, sur la table d'opération, sous péridurale, éveillée, lit des textes, communique avec l'équipe chirurgicale, participe à un débat lorsque l'opération est retransmise en direct. Les images impressionnantes et spectaculaires fonctionnent avec le bloc opératoire décoré, qui prend des allures de scène de théâtre. La caméra le balaie, s'arrête, dévoile un véritable souci du détail : les mains du chirurgiens, le visage d'Orlan, sa bouche, ses yeux, le bistouri qui découpe, sculpte la peau. Le corps se transforme doucement, il enfle, se boursoufle. Les images a priori insoutenables, dont l'intensité est accentuée par la musique, laissent finalement transparaître une esthétique insoupçonnée. Le spectateur devient complice de cet acte, dérouté, il se demande ce qu'il supporte le moins, l'opération elle-même ou la convalescence : Orlan avec sa « gueule cassée ».

Le corps, choisi comme terrain d'expression, est le théâtre d'une transformation radicale, dont l'épilogue correspond à une perte d'identité. La chirurgie esthétique, utilisée comme outil critique, les images numériques, qui confrontent son image à diverses hybridations - représentations de corps mutants ou « post-humains » - démontrent les différents aspects que la beauté peut revêtir dans notre société mais aussi dans d'autres civilisations.

La musique omniprésente et le montage perturbateur, qui abuse continuellement du flashback, mettent en perspective la continuité du travail d'Orlan, dont les préoccupations s'axent autour du corps et de sa représentation. Le réalisateur s'accorde une multitude de libertés visuelles dans un film sans fil conducteur apparent où les images se succèdent et parlent d'elles-même : plans resserrés sur les visages des intervenants, prégnance du regard et des mains, caméra jamais statique. Les visages, sur fond noir, se meuvent transversalement et finissent parfois tronqués, au bord de l'image. La musique ne se tait jamais et accompagne la parole. Cette superposition ne gêne néanmoins pas la compréhension des témoignages, seuls commentaires, qui apparaissent régulièrement comme des respirations indispensables au rythme du film. En couleur ou en noir et blanc, par nécessité ou par choix, les témoignages comme ceux de Pierre Restany ou de Serge François, répondent successivement aux multiples interrogations que posent le travail de l'artiste.

Persuadée, à juste titre, que ce film n'aurait pu être montré en salle il y a dix ans, Orlan se réjouit de cette évolution. La sortie du film, pourtant fidèle à sa réflexion, réveille en elle l'inquiétude que les opérations, qui représentent seulement trois ans de sa carrière, occultent le reste de son travail.

Orlan, carnal art
France, 2002, 1h15 Réal. : Stephan Oriach
Avec Orlan, Barbara Rose, Pierre Restany, Sandra Gering, Connie Chung, Harvey Greenberg...
Version originale : Français -Tamoul - Anglais
Sous-titres : Français
Myriapodus Films © 2002
Interdit aux moins de 12 ans
Sortie nationale le 14 mai 2003
UGC Ciné Cité des Halles (Paris), UGC Ciné Cité (Stasbourg), Cinéma Opéra (Lyon), Le Rialto (Nice).
Le film Orlan, carnal art sera également projeté à Paris dans les cinémas Reflet Médicis Logos et L'Entrepôt à partir du 28 mai 2003.

Ophélie Lerouge




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