Festival TEMPS D'IMAGES 2007 avec ARTE et la Ferme du Buisson
Au gré des évolutions technologiques, les scènes modernes se sont progressivement hybridées de formes artistiques empruntées aux arts plastiques, au cinéma, à la vidéo… Avec l’avènement du numérique, l’image filmée est aujourd’hui une partie constituante des œuvres contemporaines et de leur diffusion (danse, théâtre, performance…). Comment l’image est-elle venue aux arts de la scène ? En quoi a t-elle changé la matière même de l’expression contemporaine ? A l’occasion du Festival TEMPS D'IMAGES 2007, Fluctuat.net a enquêté. Panorama + entretiens vidéo.
Les pionniers : l’image en scène des années 20 aux années 60
L’utilisation des images sur la scène ne date pas d’hier ; loin s’en faut. Dès 1911, Winsor McCay mime le domptage d’un dinosaure animé projeté sur un écran. Le théâtre n’a pas mis longtemps à s’emparer de cette technique alors révolutionnaire : le cinéma.
Les années 20 ne seront pas en reste. Après voir eu recours aux images fixes et autres slogans projetés sur des écrans présents sur scène, Eisenstein, dès 1923, à Moscou et Piscator dès 1925 en Allemagne truffent leurs pièces de films. Le procédé de distanciation rivalise avec une illusion accrue, l’introduction par Piscator de films documentaires au milieu de l’action sur scène visant clairement à la prise de conscience. On retrouve, aujourd’hui encore, cette double philosophie dans l’utilisation d’images filmées sur les plateaux.
Fin des années 50, le Tchèque Josef Svoboda captive l’Europe avec ses « grands spectacles » d’acteurs aux prises avec des projections qui élargissent l’espace et la taille des protagonistes de pellicule. De l’autre côté de l’Atlantique, la démocratisation des appareils de filmage et de projection permet aux artistes expérimentaux d’inclure ces techniques dans leurs recherches. Au Black Mountain College, dès 1952, Robert Rauschenberg s’y emploie, et Allan Kaprow, quelques années plus tard, les introduit dans ses 18 happenings en 6 parties.
La Judson Church de New York sera le terrain de jeu favori des artistes, toutes disciplines confondues, s’adonnant à l’expérimentation en la matière. Les images projetées sur les murs par des danseurs ou des plasticiens se multiplient dans la métropole. Bob Wilson fait ses premiers essais ; Jeffrey Shaw projette sur des gonflables. Nul doute que le travail pionnier de Nam June Paik ait été également séminal, tout comme les Nine evenings : theatre and engineering, organisés à New York en 1966, en partenariat avec Bell. S’il s’agit pour certains d’explorer les ressources d’un nouveau media, en vue d’augmenter l’expressivité des artistes en chair et en os, pour d’autres, le recours au film et à la télévision vise plutôt la dénonciation de la manipulation latente. On n’est pas loin de l’idéologie des avant-garde, les futuristes vantant la mécanisation tandis que les dada fustigeaient la presse …
Le tournant des années 70 sur les scènes européennes
L’Europe finira par se mettre au diapason, même si des résistances se font jour, au nom de la tradition et de la « qualité de présence », inhérente au spectacle vivant. Bien rares sont ces voix aujourd’hui ; on constate un modus vivendi permettant à toutes les expressions de cohabiter sur les scènes. Depuis les années 1970, images enregistrées au préalable, captées en direct, montées et transmises sur la scène, ou générées par le truchement de capteurs (de mouvements, de sons, etc) ou par ordinateurs ont envahi les plateaux.
Le Wooster Group et Builders Association, pionniers dès la fin des années 70 et longtemps les plus experts en matière de mixage de jeu d’acteurs et d’images captées et enregistrées, ont fait de nombreux émules, tant en théâtre qu’en danse. On ne peut que citer Laurie Anderson, Yvonne Rainer, Peter Sellars, Robert Lepage, Denis Marleau, la Fura Dels Baus, Heiner Goebbels, Trisha Brown, Meg Stuart, Rachid Ouramdane… Leur approche, élargissant l’éventail des outils d’expression scénique, a éclaté les sacro-saintes règles de composition dramatique et chorégraphique. Il est vrai que l’influence du cinéma et de ses capacités de montage, avaient déjà marqué des points en la matière.
Ilusion comique ou dénonciation expérimentale ?
L’image en scène induit une autre dimension physique et temporelle, en introduisant par exemple un possible « ailleurs, avant, après » ou en mettant en abîme une relation complexe de l’interprète à son (ou ses) double(s). En un mot, l’image en scène élargit les possibles ; et la place de chacun, acteurs comme spectateurs, s’en trouve bousculée. Illusion fascinante ou dénonciation de l’omniprésence des images qui nous entourent, toute la palette s’étale sur les plateaux, au service du propos du créateur. L’asservissement à la nouveauté semble bien dépassée aujourd’hui ; demeure un outil, de mieux en mieux maîtrisé, dont l’intrusion sur les scènes est simplement au diapason de ce qui se passe tout bonnement dans la société. Echo ou mise en critique : le choix existe.
Les plus visionnaires, comme Merce Cunningham ou Bill T. Jones, n’hésitent pas à mêler leurs interprètes à des avatars de synthèse. Marcel Li Antunez Roca se transforme en « cyborg performer », bardé de capteurs. A quand des acteurs ou danseurs commandés par implants, comme cela se pratique de manière expérimentale ? Déjà, chez Mark Reaney, les scénographies ne se construisent plus, elles se réalisent avec des logiciels de Virtual Reality, et l’on équipe les spectateurs de lunettes à vision 3D… Vaste champ d’exploration, dont les possibles sont loin d’avoir été tous explorés.
Bibliographie :
- Les Ecrans sur la scène, ss dir Béatrice Picon-Vallon, L’âge d’homme
- Digital performance, Steve Dixon, Massachussets Institute of technology
- Performances, RoseLee Goldberg, Thames and Hudson
- Installation art, Thames and Hudson

Illustrations : Les photos ci dessus sont toutes issues d'un reportage de l'agence Tendance floue, pour TEMPS D'IMAGES 2006 à Noisiel et Dussedörf. Copyright : Betrand Meunier / Tendance Floue, à l'exception de la 2. Copyright : Denis Bourges / Tendance Floue. Courtesy Arte.
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