Au Théâtre de l'Aquarium jusqu'au 8 juin 2003
Russie, il y a un peu plus de cent ans. On y voyage à pied, à cheval, en fiacre ou encore en train… La division entre ville et campagne est infiniment plus marquée qu'aujourd'hui. Il n'y a pas tout le confort, tous les objets et commodités d'aujourd'hui (notamment en Occident). Partir à la campagne, c'est une décision, surtout pour un lettré, un professeur à la retraite comme Sérébriakov.
Vania qui était déjà outré et jaloux que cette si jolie femme ait épousé celui qu'il considère comme un vieux barbon, explose de colère devant cette proposition tout à fait égoïste et maladroite. Il prend un revolver et tire sur Sérébriakov, le manque à plusieurs reprises. Le traitement proposé par Julie Brochen et son équipe de comédiens est tout en finesse, en douceur, en nuances, avec, des explosions de voix, d'humeurs, de sentiments qui donnent le contraste des ces couleurs en demi-teintes. Ça n'est pas tiède, pas un seul instant. Mais toutes les relations et les enjeux sont abordés avec délicatesse pour trouver à chaque personnage des réactions pertinentes face aux situations qu'il traverse.
Aimer et haïr tout ensemble. Pas successivement, non. C'est ce que fait un personnage tchekhovien, très souvent. Le personnage de Tchekhov est avant tout russe, russe d'il y a un siècle. Et la vie rurale et les relations entre les individus sont extrêmes. Lorsque vous parcourez trente verstes à pied ou à cheval, ce n'est pas pour repartir immédiatement. Lorsque Astrov, le docteur, dit que ça n'est pas grave, qu'il va repartir de suite, personne ne le croit. Lorsque Sérébriakov ne daigne même pas le recevoir, alors que c'est lui qui l'a fait appeler, personne ne peut acquiescer. À ce moment-là, Astrov est tout entier dans la haine et dans la compassion envers son patient. Des choses difficiles à comprendre aujourd'hui, les distances et les liens qui unissent ou éloignent les individus se sont transformés…
La scénographie fait appel aux éléments existants du théâtre de l'Aquarium. Elle rend l'idée d'un domaine circonscrit, et la diversité des endroits dans ce domaine. Au centre, une grande table couverte de foins. Des gradins, face aux spectateurs, recouverts d'une toile seront le calice de rendez-vous galants et un plateau surélevé, en haut de ces gradins, suggère un espace ouvert qui peut être aussi bien une grande salle, ou un jardin…
De mon point de vue, il s'agit d'une mise en scène qui fait preuve d'une grande cohérence. Les acteurs ont un parcours riche, varié. Les émotions ne sont pas évacuées, ni survalorisées.
À bien y réfléchir, je crois que j'attendrais plus d'éclats et plus de contrastes entre les différents moments de la fable. Pour moi, tous les potentiels sont là, certains ont été développés, d'autres non, il reste encore, dans cette lecture-là, des chemins à valoriser davantage.
Oncle Vania
Anton Pavlovitch Tchekhov
Traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan
Mise en scène : Julie Brochen
Avec Jeanne Balibar, Pierre Cassignard, Julie Denisse, Bernard Gabay, François Loriquet, Nathalie Nerval, Jean-Paul Roussillon, Maryseult Wieczoreck.
Le texte est publié aux Éditions Actes Sud-Papiers / BABEL /1994
Du 29 avril au 8 juin 2003
Cartoucherie - Théâtre de l'Aquarium
La Cartoucherie - Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
Métro : Château de Vincennes.
Résa : 01 43 74 99 61
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