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Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un film aussi décérébré. Bête, moche, éminemment grossier, ce Shoot 'Em Up est une aberration totale. Et d’un ennui fatal, en prime.
Si le principe du jeu du chat et de la souris a pu nous donner de très grand films, avec ce Shoot 'Em Up, on toucherait plutôt le fond du fond. Série B déjà Z, on se demande bien ce que Clive Owen a bien pu aller faire là-dedans… Dans le rôle de Mister Smith, un mystérieux homme ultra-entraîné, il y pratique l’accouchement d’une femme poursuivie par de très méchants bad guys, et après la mort de celle-ci, se retrouve obligé de protéger ce bébé menacé de mort. Heureusement, il connaît bien une prostituée à la généreuse poitrine, réputée pour son lait (sic !) (Monica Bellucci)… Ensemble, ils tentent donc d’échapper aux balles ennemies, et au super méchant interprété en toute hystérie par l’insupportable et hideux Paul Giamatti.
Si Owen semble au début reprendre son rôle d’accoucheur de l’apocalypse, qu’il tenait à merveille dans le sublime Les Fils de l'homme, la comparaison s’écroule très vite, pour laisser place à la consternation totale. Gun fights ultra rapides, plutôt mal filmés et surtout très mal rythmés, on ose à peine évoquer le modèle déclaré du cinéaste : John Woo. Bien sûr, chaque plan de Owen transpirant et tout de noir vêtu tenant dans ses bras le nouveau né rappelle immanquablement A toute épreuve (1992). Mais quelle insulte faite au maître, qui inventa le genre du ballet morbide des balles et des larmes. Ici, côté chorégraphie et art du mouvement, on gravite au niveau zéro. Et point de larmes, tant on ne croit pas un seul instant à ces personnages stéréotypés, et surtout ridicules. Il faut voir Monica Bellucci parsemer ses répliques de phrases en italien, et se dandiner dans un costume trop serré pour elle, mais qui fait bien ressortir sa paire mammaire. Owen fait le minimum syndical, tout en flegme, malgré le détail grotesque dont on a cru bon de le doter : il mange sans cesse des carottes crues. Accessoire qu’il utilise parfois pour transpercer le cerveau de ses adversaires (via l’orbite oculaire) ou pour rattraper une arme en vol.
Tentative de second degré, imaginaire débridé ? On en doute fort, tant le film se prend plutôt au sérieux, et saupoudre de quelques détails pseudo comique une intrigue pathétique. Il faut dire que niveau humour, le réalisateur/scénariste semble être resté bloqué au niveau de la braguette et du décolleté plongeant de l’Italienne. Les perles d’une lourdeur et d’une vulgarité folle s’enchaînent à n’en plus finir, dans le genre : « Tu sais pourquoi un flingue c’est mieux qu’une femme ? Parce qu’on peut y mettre un silencieux », bien que la misogynie soit le plus souvent remplacée par les répliques scatophiles. Écrit sans doute sur une nappe après un dîner bien arrosé, le scénario est par ailleurs d’une invraisemblance aux limites du surréalisme. Les enchaînements d’une scène à l’autre sont certainement les passages les plus involontairement comiques du film, tant ils semblent téléphonés. Burlesque, ce moment où Owen ayant réussi à s’enfuir avec le bébé à peine né, Giamatti, comme frappé par son idée, lance soudain à ses hommes de main à peu près cela : « donnez-moi la liste de toutes les prostituées laitières de la ville en période de lactation !». Surréaliste, on vous dit.
Shoot 'Em Up
De Michael Davis
Avec Clive Owen, Monica Bellucci, Paul Giamatti
Sortie en salles le 19 septembre

Illus.© 2007 Metropolitan Filmexport