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Dossier Constellation 3/5
Sur les pentes du volcan GYBE aujourd’hui endormi, une autre entité a poussé et partage désormais le mythe comme le patronyme à rallonge : Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band. Un mélange de cordes, de guitares énervées et de revendications politiques… Ca vous dit quelque chose ?
Alors que GYBE connaît un beau "succès" dans des salles combles, surchauffées et ne dépassant jamais le millier de spectateurs, trois musiciens de la formation canadienne décident d’expérimenter un trio acoustique, projet sans avenir puisque dédicacée à la mort de la chienne de l’un d’eux. A Silver Mt Zion sort en 1999 un album époustouflant de beauté et de simplicité, construit autour du violon de Sophie, de la contrebasse de Thierry et du piano d’Efrim. Ce dernier ose même pousser la chansonnette sur le maladroit et touchant "Movie Never Made". Sans véritable équivalent dans la production musicale, l’effort mêle le minimalisme classique américain et européen (Philip Glass rencontre Arvo Pärt) à des fragrances jazz, pop ou expérimentales, le tout enveloppé d’un son crade et palpable, qui hante l’album et lui donne une épaisseur mystique (voir la partie suivante consacrée à l’Hotel2Tango).
Parallèlement à l’aventure Godspeed qui va encore sortir deux disques avant de se mettre en hibernation, Silver Mt Zion étoffe son line up avec un violoncelle, un second violon, une seconde guitare, et plus tard un batteur pour devenir le Silver Mt Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band. Aux superbes entrelacs acoustiques vont s’adosser de lancinantes montées électriques, soutenues au fil des albums par les mots d’Efrim et le chœur amateur du groupe entier. Ce recours de plus en plus fréquent à la voix humaine va diviser le public, une partie regrettant la simplicité instrumentale des deux premiers albums et ne supportant pas un chant écorché à la limite de la justesse. Sans se reproduire d’un disque à l’autre, Silver Mt Zion revisite le rock atmosphérique, le jazz ou le folklore juif et américain en préservant son originalité : une approche brute, à fleur de peau, des structures gigognes, des arrangements à la mélancolie perçante. Même s’ils sont écrits ou "jammés" avant de partir sur la route, la plupart des morceaux évoluent lors des concerts et s’enrichissent graduellement jusqu’à faire regretter les versions studio, pourtant superbes.
Si la recette semble proche sur le papier, Silver Mt Zion n’est pas une redite de Godspeed comme les plus fainéants veulent bien le croire. Certes, les chansons s’étirent souvent au-delà des 10 minutes mais restent des chansons ; les rythmes se complexifient, les arrangements de cordes occupent une place prépondérante, quand ce ne sont pas les chants collectifs. Finalement, le mythe des "ours canadiens bourrus" s’effrite : les membres de TSMZMO&TLLB répondent aux interviews, dialoguent longuement avec le public en faisant preuve d’humour. Ils rayonnent sur scène. A l’occasion de leur passage à une émission de radio new-yorkaise, une photo de presse (la première, en dehors des clichés de concert) les montrent relax et en vacances, shorts, tongs et vêtements colorés. Où sont les hippies reclus, où sont les punks peu fréquentables ?

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