Les hommes politiques comptent leurs amis sur Facebook en rêvant d'un mandat comme les apprenties popstars sur MySpace dans l'espoir d'un contrat. Sont-ils tous devenus fous ? Du virtuel au réel, il pourrait n'y avoir qu'un pas, et si la révolution est en marche, autant ne pas rater le coche.

Todd Zeigler du Bivings Group, une société de communication en ligne qui travaille avec les Républicains, rappelle que le soutien à Barack Obama sur les réseaux sociaux est spontané et non pas orchestré par sa campagne. On pourra remarquer par ailleurs que le sénateur de l'Illinois, Hilary Clinton ou Ron Paul ont un grand nombre d'amis mais des profils n'utilisant que les fonctions basiques de Facebook. Leur popularité ne serait donc pas vraiment gagnée sur le site, mais plutôt dérivée d'un marketing efficace.
Ces soutiens peuvent-ils dès lors se traduire par des suffrages dans les urnes ?

L'année dernière, Facebook a créé un profil pour chacun des candidats au Congrès américain, leur laissant le loisir d'en faire ce qu'ils voulaient. 32% des candidats au Sénat et 13% des candidats à la Chambre ont mis à jour leur profil (en majorité des Démocrates, semble-t-il plus enclins que les Républicains à utiliser Internet). Christine B. Williams et Girish J. Gulati, professeurs à l'université de Bentley, ont analysé, dans une étude intitulée Social Networks in Political Campaigns: Facebook and the 2006 Midterm Elections, la relation entre les votes et le soutien sur Facebook.
Selon eux, le lien de corrélation est significatif : un nombre de soutiens deux fois supérieur correspond à 1,1% de voix supplémentaires pour un candidat en place, et 3% pour un candidat challenger.
Avant de conclure à un lien de causalité, il est nécessaire de soulever quelques limites au potentiel impact de Facebook sur les suffrages : les jeunes sont la catégorie de la population la plus représentée sur le site mais aussi celle qui vote le moins. Les supporters des candidats ne sont pas forcément en mesure de voter pour eux (mineurs, habitants d'une autre circonscription, personnes n'ayant pas l'intention de voter, etc.). Ils n'étaient pas non plus directement encouragés à militer hors-ligne ou même à s'inscrire sur les listes électorales. Les messages groupés étaient par ailleurs non-recommandés par le site (afin de limiter les abus).
Les auteurs considèrent donc que Facebook a plutôt capturé l'enthousiasme et l'intensité du soutien pour chacun des candidats. Mais si les scrutins à venir montrent un véritable lien de causalité entre l'activité des candidats sur les réseaux sociaux et leur score aux élections, Facebook pourrait devenir une plate-forme importante du processus démocratique. Au-delà de la communication de campagne, l'activité des candidats sur ces sites les rendent, en apparence au moins, plus accessibles, authentiques. Elle peut aussi initier la discussion entre les sympathisants, intégrer leurs préoccupations politiques à une vie sociale en ligne dynamique, faciliter les connections et encourager la participation hors-ligne.
Christine B. Williams et Girish J. Gulati soulignent, alors qu'aux États-Unis se délite le tissu associatif, l'importance du capital social qui fructifie sur ces réseaux, propices à la mobilisation politique des citoyens.


Facebook : institut de sondage ?

Le réseau social ne serait donc pas encore la panacée pour gagner une élection, mais déjà une phénoménale chambre d'écho et un indicateur performant des préférences des citoyens pour une cause ou un candidat.
Facebook permet également de connaître les sujets de campagne les plus importants pour ses membres, et leur position à travers la participation à certains groupes pro ou anti : peine de mort, mariage gay, avortement, guerre en Irak, etc. Une page dont on remarquera qu'elle est sponsorisée par la chaîne de télévision de Rupert Murdoch Fox News, et des données à analyser précautionneusement puisqu'apparaît en haut de la liste le groupe Reduce the Drinking Age to 18! avec 131 919 membres dont, c'est probable, beaucoup d'étudiants américains.
La communauté de Facebook offre cependant un potentiel extraordinaire pour les études de toutes sortes, avec la possibilité de toucher plusieurs dizaines de millions de personnes selon des critères géographiques, l'âge et le sexe, les centres d'intérêt et pourquoi pas le parcours scolaire et professionnel ou tous les autres éléments que le principe même du réseau social incite à renseigner sur soi tous les jours.
Un véritable Eldorado du sondeur, que les équipes de Mark Zuckerberg monnayent déjà via les Facebook polls. Le système est pour l'instant le suivant : une question peut être posée à 1000 personnes pour la modique somme de 250$ si l'on veut les réponses en 24 heures, 500$ en 4 heures ou 1000$ en 30 minutes. Les possibilités sont encore limitées mais nul doute que Facebook saura tirer parti de la mine d'or d'informations offerte, avec son consentement et ce en dépit des incertitudes planant sur la sécurité des données, par la communauté de ses membres.


Une révolution Facebook ?

La politique 2.0, ou politique open source, ne désigne pas l'extension du champ de la communication politique classique aux espaces ouverts par le web 2.0, les réseaux sociaux en tête, mais consiste en une évolution de la mobilisation et des pratiques politiques impliquant une participation accrue des citoyens. C'est, grâce aux nouvelles technologies, une révolution dans la manière de suivre, soutenir et influencer les campagnes électorales.
Peter Leyden, directeur du New Politics Institute, précise que la politique 2.0 suppose une conception différente du l'exercice du pouvoir : décentralisation, collaboration et auto-organisation, par opposition au culte du chef caractéristique du XXème siècle. Selon lui, l'économie et les médias évoluent en ce sens, alors pourquoi pas la politique ?
Probablement car la politique moderne est dans toutes ses dimensions antithétique aux principes de l'open source : contrôle des candidats, contrôle des messages et contrôle de la participation, rétorqueront certains. Et la politique 2.0 de n'être finalement, selon les sceptiques, qu'une version un peu plus jeune, plus en vogue et plus chaotique d'un cirque somme toute très classique.
Aux internautes, dès lors, de prendre en main ce vieux manège.

Jordan Ricker



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