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En amour, toute vérité est-elle bonne à dire ? Vaste sujet ! Adaptant un roman américain, Sam Karmann trouve dans La Vérité ou presque le ton juste pour s’intéresser à la question. Appuyé sur un casting de choc, il jongle avec le thème et livre un film académique mais piqué d’élans savoureusement caustiques.
Peut-on aimer pour toujours ? Comment préserver son couple face aux tentations et aux tournants de la vie ? A Lyon, Anne (Karin Viard), executive woman submergée qui bosse à la TV, n’a plus de relations intimes avec Thomas (Sam Karmann) depuis de longs mois. Pourtant, lui se comporte en mari aimant, même s’il cache un petit faible pour Caroline (Julie Delarme), la jeune femme enceinte de Marc (François Cluzet), lui-même ex-mari d’Anne. Quant à Vincent (André Dussollier), biographe et homosexuel assumé, il est de passage pour raisons professionnelles, et va rencontrer tout ce petit monde généreusement chamboulé. Aimer, désirer, tromper, jalouser, suspecter, souffrir, rencontrer, mentir… L’amour est un long fleuve agité, aux multiples embranchements.
Ampleur et transparence
Un long plan-séquence pour commencer sur les chapeaux de roues et c’est parti pour un petit passage en revue des options romantico-sexuelles offertes au couple du XXIème siècle. Autant dire que tout ça n’est pas simple, alors pour compenser la mise en scène apaise vite ses ardeurs pour se poser dans un style plus fluide et transparent. Image soignée, maquillage et costumes itou, décors triés sur le volet, éclairage parfait : c’est propre et beau, très classique, tout à fait le genre de traitement qu’on attendrait. Un choix finalement logique dont la mise en œuvre est en plus infaillible. Il faut dire que dès l’affiche le ton était donné. Avec un casting de ce niveau et ce genre de thématique, La vérité ou presque serait un film français de belle ampleur, à budget conséquent, destiné à faire (sou)rire un large public un brin intello sans heurter les pupilles les plus académiques. Mission accomplie.
Vitrine du casting
Aux commandes, Sam Karmann, lui-même comédien, a composé une merveilleuse vitrine pour les siens. Bien choisis et également en forme, ils sont tous parfaitement mis en valeur, par la nature même de leurs personnages autant que par les scènes et dialogues finement taillés à leurs mesures. Perchée sur cette vaste estrade accueillante, Karin Viard laisse libre cours à son talent comique, François Cluzet se déchaîne le Bluetooth à l’oreille, tandis que l’œil d’André Dussollier pétille de malice comme jamais. Sam Karmann en personne est bonhomme à souhait, Julie Delarme incarne idéalement la fragilité boostée aux hormones, et Brigitte Catillon délivre ses répliques cyniques avec délectation. Embarqués dans des situations qui ne manquent pas d’acide, ils s’en donnent tous à cœur joie.
Mais si l’ensemble est plutôt agréable, un reproche s’impose, outre quelques longueurs : le scénario ajoute à la thématique principale une histoire en fil rouge sur une chanteuse de jazz disparue. Puisqu’il adapte ici librement un roman (True Enough de l’américain Stephen McCauley), Sam Karmann aurait pu sucrer cette partie du récit, un peu trop à part pour ne pas nuire à la cohérence du sujet. Pour le reste, la place centrale donnée aux rapports humains, la justesse de l’écriture, le piquant de la réflexion passent allègrement le cap du grand écran, sans perdre en subtilité. Sans doute au cinéma vaut-il mieux, plutôt que l’inverse, qu’un texte américain soit adapté par un français…
La Vérité ou presque
De Sam Karmann
Avec Karin Viard, Sam Karmann, François Cluzet, André Dussollier, Brigitte Catillon, Julie Delarme
Sortie en salles le 12 septembre 2007

Illus. © Rezo Films