Cy Twombly, l’artiste américain vivant en Italie, se fait rare. Une vaste rétrospective lui est consacrée à Avignon et plusieurs œuvres ont été spécialement créées pour l’occasion. Dans les salles baignées de lumière de l’Hôtel de Caumont, grands formats, couleurs vives et intenses célèbrent les pivoines, figures récurrentes de son oeuvre.
L’exposition est un événement. Cy Twombly, 80 ans l’an prochain, proche de Rauschenberg dans les années 50, installé en Italie depuis près d’un demi-siècle, sort rarement de sa retraite, expose peu (la dernière fois c’était au musée d’art moderne, en 2001). Il a créé ici nombre d’œuvres spécialement pour l’occasion. Les six salles du bas, Twombly les a choisies en venant à Avignon en mai 2006 lors de ses premiers repérages. Il s’est ensuite installé dans un atelier de la campagne de Gaeta, où il a donné corps à ses œuvres.
Beauté désarmante de la nature
Au rez-de-chaussée donc, dans un parcours autonome, un jaillissement de couleurs et de lumière. Six peintures sur des panneaux de bois de 5 mètres 50 et trois peintures de 3 mètres 50 sur 4. L’ensemble est cohérent et chronologique: d’abord des couleurs froides : blanc, vert, rose et blanc puis des tons vifs et éclatants : pourpre, jaune, orangé, rouge. Les pétales rouges entraînent souvent dans leur sillage de longues lignes fragiles, semblables à des trainées de sang. Des mots, à l’écriture malhabile, tremblante, sont griffonnés : des dates, des lieux (Gaeta), des haikus japonais célébrant les pivoines, fleurs de prédilection des moines jardiniers des temples zen. Encore la phrase du poète japonais Kikaku : « Ah ! les pivoines pour lesquelles Kusinoshi retira son armure ». Evocation de la beauté de la nature, désarmante.
Blooming- A scattering of blossoms and other things (Eclosion, semés à la volée, éclosions et autres choses) : la bien-nommée exposition célèbre la vie dans tous ses états. A l’entresol, parmi plusieurs sculptures, moins intéressantes que l’œuvre peinte (volumes sobres, parfois peints), on découvre une trentaine d’œuvres sur toile ou sur papier. Epurées, elles datent des années 50 à 80 et sont issues de la collection. Parmi elles, un portrait d’Yvon Lambert. Fonds blanc, trait bleu, évoquant la silhouette longiligne du galeriste. Un hommage à Yvon Lambert, fidèle collectionneur depuis longtemps et dont le fond représente un ensemble éminent, représentatif du travail de Twombly. Mais la présence même de l’artiste, ici, avec cet accrochage d’une telle envergure, est un hommage en soi.
Blooming-A scattering of Blossoms and other things, collection Lambert, jusqu’au 30 septembre. Mardi-dimanche, 11 h-18 h.
Sur le web :
- le site de la collection Lambert
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