(Dora Dorovitch / Discograph)
Premier disque défini comme l'objet-témoin d'un projet destiné à explorer littérature, graphisme et scène.
Poésie du quotidien, sonorités curieuses ou douillettes, nous voici face à un rafraîchissement électro-pop bien difficile à cerner. Si vous aimez vous faire une idée sur un album en écoutant un ou deux titres, passez votre chemin, Téléfax n'est décidement pas fait pour vous.
Au départ il y avait Franck Valayer et ses expériences clandestines de bidouilleur électronique. Désillusion ? Prise de conscience ? Epuisement d'un enthousiasme 90's parti dans la queue de poisson de la french touch ? Nous n'en savons rien. Le fait est que rapidement, les constructions électroniques ne lui suffisent plus. Une fois engendrés les univers, les mondes à arpenter, au projet Téléfax, il fallait une chair, toute une galerie d'humains qui puisse peupler ces territoires et en raconter la poésie.
S'en suit donc une longue phase de recrutement et de gestation qui fait tour à tour intervenir dans ce laboratoire permanent Francisco Estevez (Experience), des membres du groupe « folk post-punk » Rio Torto ainsi que sur quelques titres, Marielle, par ailleurs chanteuse de Playdoh.
Onze titres émergent dans l'éventail de ces tentatives et collisions puis le mixage est ensuite confié à Thomas Merry (ex-Purr), avant que ce premier jet analogique soit retravaillé par Rudy Coclet, l'ingénieur du son de Arno.
Un voyage de quatre années donc, et des rencontres, pour ces bandes dont on comprend mieux pourquoi elles représentent plus aux yeux de leurs auteurs qu'un simple disque dans leurs vies musicales respectives.
Voyage au travers de la France et jusqu'en Belgique, mais voyage émotionnel aussi, car on le disait plus haut, impossible de définir clairement une identité au projet qui flirte aussi bien avec la poésie parlée nappée de textures ambiant (sur rose ou l'herbe envahit tout), avec des passages étrangement habités par la pop la plus insouciante ou encore de savantes architectures électroniques dignes d'un Radiohead époque Kid A (influence flagrante sur le titre éponyme).
Mais disant ceci, on aura toujours pas fait le tour du sujet, puisque surgissent parfois aussi des progressions de guitares qu'on pourrait comparer à celles entendues sur les productions de Partycul System par exemple (autre label qui ne se contente pas de limiter ses activités à la musique d'ailleurs), assemblements à la Mogwai sur hal tasmeouni, mais un Mogwai qui au lieu de laisser éclater sa rage finirait par se calmer tout seul pour laisser parler en arabe une femme anonyme… troublant.
En fin de parcours, sur le titre les structures des villes, ce sont cette fois des bribes sonores subtiles qui viennent accompagner la récitation lasse du texte, jusqu'aux grands ports lui répondant comme un sombre écho dans ce mini-diptyque constituant l'un des grands moments de l'album, fin et profond, pour que subitement l'écoute se referme sur l'énigmatique 0111101011010000, hermétique à souhait, et qui en scellera le mystère.
Que pensez de Téléfax donc, et d'une telle mosaïque de sensibilités aussi diverses que complémentaires, jamais vraiment avant-gardiste mais pas une seule seconde consensuelle ? Probablement rien, et on évitera de penser pour le coup, préférant se laisser porter par l'énergie de cette aventure que personne ne pourra traiter à la légère, à cause d'une vraie profondeur, au-delà de la musique, au-delà des récitations hypnotiques, quelque part dans cette région artistique floue, paradoxale et jamais très explicable qu'on a coutume d'appeler la poésie.
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