Quatrième production du turbulent trio bruitiste, Liars l'album, s'aborde une fois encore comme une nouvelle expérience tout en recentrant le propos. Exit les concepts, bonjour l'énergie brute, le plaisir et les mélodies. Mais Liars restera toujours Liars. Explication.
La (jeune) carrière de Liars semble irrémédiablement dominée par les extrêmes. Performances scèniques extrêmes, tension extrême, titres d'albums extrêmement longs (ou extrêmement courts, comme on peut le constater aujourd'hui avec ce Liars, lâché comme une accusation au visage du public), médiatisation extrême avec en guise de premier album un They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top très "new york ground zero". Puis, trois ans plus tard et contre toute attente, une réclusion extrême qui donnera le jour à They Were Wrong, So We Drowned, un second album inspiré par un voyage dans les montagnes du Harz en Allemagne, près du fameux site des Nuits de Walpurgis, lieu du sabbat des sorcières, et basé autour de l'occultisme, de la magie noire et du malaise. Géolocalisation extrême aussi, accompagnée de voyages irréguliers d'un bout à l'autre de la planète : New York, l'Allemagne puis le New Jersey et enfin retour à Berlin pour l'enregistrement de Drum's Not Dead, un troisième album acclamé par les critiques comme par les fans (et ignoré de la majorité des autres.) Ainsi, pour beaucoup c'était plié d'avance : musicalement, comme géographiquement, les Liars ne sont jamais là où on les attend.
What Would They Know
Il serait donc prétentieux de faire le rapprochement entre leur sédentarité nouvelle à Berlin et la sortie d'un (déjà) quatrième album plus carré, posé et écrit que les précédents. D'autant que la nouvelle n'en est plus une, tous les blogs de la planète s'en font l'écho : Angus Andrew, le géant blond d'origine australienne, voulait écrire son album à la Neil Young et Liars devait être celui-là. Or, si le "vieil homme et son cheval fou" est encore loin, on peut dire que ce nouvel opus présente tout de même de bien belles surprises. Oscillant autour du standard des 3 minutes (un peu plus de 4 pour certains) la plupart des morceaux semblent s'accorder avec ce titre raccourci et font l'objet de restrictions parfois bienvenues. Moins diluées, les compositions de Liars prennent un contour plus net. Le trio a pris soin de condenser ses idées et de dompter son inspiration, sans pour autant brider son imagination. Les tracks des Liars sont toujours sujettes à la bougeotte, les toujours aussi drones omniprésentes, mais les morceaux n'explosent plus en plein vol à tout bout de "chant". Aux vapeurs bruitistes ténébreuses et parfois longuettes de They Were Wrong, So We Drowned et aux sursauts épileptiques de Drum's Not Dead, Liars l'album, laisse place à un cadre plus défini. Un impératif s'impose dans l'écriture de vraies chansons, tout en continuant d'explorer de nouvelles voies en toute liberté. On (re)découvre par exemple le don du trio pour la danse avec l'étonnant groove mollasson de "Houseclouds", un titre que l'on taxerait presque de trip hop si cela n'était pas un si vilain mot. Angus tient également ses promesses et nous offre "Sailing to Byzantium", "Pure Unevil" et "Protection", une poignée de magnifiques balades au psych(isme)édélisme malade.
Their Satanic Majesties Request
Mais cet aspect "apaisé" ne doit cependant pas faire oublier combien la musique de Liars dégage toujours de puissantes émanations occultes. Le trio cultive un don pernicieux pour l'expression du maléfique parfaitement illustré par "What Would They Know" et "The Dumb in The Rain", deux titres hypnotiques au tempo de cérémonie religieuses interdites. Ça sent le souffre ! D'ailleurs, dès l'addictif "Plaster Casts of Everything" qui ouvre le bal, Liars se présente comme un pur exercice de vaudou électrique. Au milieu du morceau, le groupe ralentit la piste de voix donnant quelques instants l'impression d'écouter ces légendaires messages sataniques censément gravés à l'envers sur les grands disques de rock classiques des 60's. Un petit détail qui suffit à rendre "Plaster Casts" exaltant comme un rapide coup d'oeil au fond du gouffre de l'âme humaine la plus sombre. Pour le reste, et au contraire des deux précédents albums, on sent à quel point le groupe avait besoin de jouer, tout simplement. Sur des morceaux explosifs comme "Cycle Time", "Freak Out", "Clear Island" et bien sûr ce "Plaster Casts of Everything" que l'on a pu écouter un peu partout sur internet, Liars déploie toute son énergie à élaborer de fabuleuses pop punk songs qui ne sont pas sans rappeler l'apogée noisy pop britannique des 80's (on pense beaucoup au Psychochandy de Jesus & Mary Chain ici). Six ans après leur premier album, le trio fait de nouveau montre de cet enthousiasme presque enfantin qui manquait parfois à leurs précédentes productions. Une incarnation de Liars que l'on pensait morte et entérrée depuis They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top, leur fabuleux album punk funk de 2001.
Au final si les Berlinois d'adoption n'auront donc pas choisi de renchérir dans l'escalade expérimentale, ils ont aussi délaissé leurs oripeaux déchirés. Les ombres de la no wave new yorkaise et la sorcellerie ont laissé place à une autre forme de magie. Ce quatrième album ne restera pas dans l'histoire du groupe comme le plus jusqu'au-boutiste, mais peut-être plus humblement comme une respiration, un moment de détente, une pause où tout, tout peux encore arriver !
Liars - Liars
Chez Labels/EMI, août 2007

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