Bio théâtrale et politique (ta mère)
Faut-il acheter l’hagiographie de l’Überchti bonhomme ? Tiré à 100 000 exemplaires par un groupe Flammarion poussé par l’appareil médiatique d’Etat au grand complet, L’aube, le soir ou la nuit rappelle par son titre et sa fatuité Le Jour et la Nuit de Bernard-Henri Lévy, film réputé pour sa nullité crasse et sa vulgarité, en "hommage" (non avoué) au génie d’Alain Delon. Lecture croisée de deux nanars aux destins opposés.
Les deux œuvres, du même bois, ont pour point commun d’être mises au point par des artistes (Reza/BHL) au nom plus grand que le talent et de prosterner leur forme (le film d’un côté, le livre de l’autre) aux pieds d’hommes dont le ramage (l’acting de Delon, l’happening politique de Sarkozy) est, à bien des égards, – et il m’en coûte d’écrire ça concernant le second – plus intéressant que le plumage (les hommes, Delon et Sarkozy, gagnent à ne pas être connus). Les deux nanars auront néanmoins, à n’en pas douter, des destinées commerciales opposées. Ce qui montre au choix (ou pas) : que Delon est un mythe du passé et/ou que la France est depuis peu redevenue une monarchie (ce dont elle rêvait depuis longtemps), ou encore qu’il vaut mieux avoir vécu avec une génération qui avait Delon et ses girls pour fantasme qu’avec celle qui mouille son canapé en regardant Lady C.
Si l’on considère en adoptant une posture un rien archaïque (le no people est tellement uncool), démocrate ou… matérialiste, qu’un homme politique ne devrait être évalué que sur ses actes, l’hagiographie intellectualisée de Nicolas Sarkozy présente si peu d’intérêt que son auteur mériterait d’être condamnée à suivre en 2012 la campagne de Gérard Schivardi en Vélib.
Sans doute avec un sujet moins exposé (un looser au coeur tendre…), la vraie nature du matériau qui nous est présenté ici apparaîtrait à sa juste valeur : un livre pour une Légion d’honneur, une copie Vintimille d’une langue Grand Style ("Cardinal de Retz, sors de ce corps par l’anus si tu en as le courage "). L'ouvrage donne l’impression au lecteur de se retrouver face à une reproduction des Très Riches Heures du Duc de Berry (prenez un mois au hasard) épinglée au mur d’une pissotière. Reza tente souvent d’élargir le champ des descriptions, quitte à perdre de vue son sujet (pas dur) ou à en faire un personnage de Shakespeare (pour les nuls). Elle équilibre subtilement (sic) le positif et le négatif pour qu’on ne retienne au final que le… positif, posant que la figure entrevue d’un Sarkozy inculte, ordurier et exalté sera de toute façon rachetée par sa peinture en enfant qui noie sa nervosité (son angoisse) dans l’action (pour notre plus grand plaisir de citoyens masochistes). Comme c’est touchant.
Reza, malgré le respect qu’on lui doit, fait penser parfois, par ses manières et sa façon de voir les choses (elle aurait été payée pour sa prestation en points de fidélité Prada que cela ne m'étonnerait guère), au fantôme de Massimo Gargia, hantant chaque sujet sur la Jet-Set diffusé par M6 de son ombre ronde et malfaisante. "Elle porte beau mais a une raie du cul tatouée sur la langue", comme dirait un humoriste proche de l’UMP. Soyons fous, soyons vulgaires, puisque l’exemple vient d’en haut.
Pour finir, on ne vous gratifiera pas ici d’extraits ou de morceaux choisis de cet objet-formely-known-as-a-book (notez qu’on pourrait bien recomposer l’intégralité du livre en mettant bout à bout tous les extraits cités dans la presse et qui circulent sur le net), mais plutôt de ce qu’on y trouve pas : pas Lady C qui a été oubliée au montage (Version officielle : elle n’a pas participé à la campagne…Ooouuh la menteuse !), pas plus que ces 3 phrases inédites et pourtant prononcées par l’Überchti bonhomme : "Moi, je suis comme Iggy Pop, après chaque meeting, il me faut une femme sur le bout et mon quart de Vittel" ; "Fillon est un homme de la trempe de Raymond Barre, mais qu’est-ce qu’il est mal coiffé. Non, je blaguais." ; enfin, "La France, c’est comme une huître, tu l’ouvres au forceps, tu l’avales et tu poses ta perle à l’intérieur.". Evidemment, tout ça est beaucoup plus classe et mieux écrit que ces chutes de studio (ce n’est pas moi qui ai écrit une pièce sur l’art contemporain), mais ça revient tout de même à ça. De Reza, on préférait amplement cette idée d’un tableau blanc sur blanc.
Mot de la fin : N’ACHETEZ PAS CE LIVRE
(c’est déjà fait ?). IL Y EN A PLEIN D’AUTRES QUI SONT BIEN MEILLEURS. A LA RIGUEUR, PRENEZ PLUTOT LE DVD LE JOUR ET LA NUIT DE BHL. ÇA LUI FERA PLAISIR (et en plus, il y a Karl Zéro).