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Les prisons de demain

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Les prisons de demain


Privatisation de la plupart des services et désengagement public, recours accrus à la technologie de surveillance qui augmente l'isolement, croissance flippante du taux de suicide, la prison d'aujourd'hui et surtout de demain sera-t-elle pire que celle d'hier ?

Si la prison française est parfois présentée comme la vitrine des archaïsmes du système judiciaire, elle est aussi le théâtre d’expérimentations qui, par la suite, se généralisent dans notre quotidien.
C’est le cas pour les systèmes de sécurité hyper sophistiqués qui voient le jour dans les prisons modernes. Ou encore pour la privatisation d’un certain nombre d’activités qui relevaient, jusqu’alors, du monopole public. Ces nouveautés semblent cependant présenter plus d’effets pervers que de progrès objectifs.

Les prisons à gestion mixte voient le jour en 1987, soit bien avant que l’Etat n’étende la libéralisation des services publics. Sur 25 nouveaux établissements, 4 seulement conservent un statut traditionnel. Tous les autres « s’ouvrent » à la participation d’entreprises privées, auxquelles l’administration pénitentiaire délègue les tâches de service : maintenance, transports, hôtellerie, restauration, santé, travail et formation professionnelle.
En ne conservant que l’exécution du « service public » au sens strict (garde, réinsertion, greffe et direction), l’AP réduit ainsi son investissement au minimum. Ces partenariats public-privé (PPP), permettent du même coup de créer un grand nombre de prisons simultanément.

Les établissements publics sous-dotés

Les avantages de ce modèle économique sont tels, qu’il s’est étendu à la construction des établissements pénitentiaires. Désormais, les géants du BTP que sont Bouygues ou Eiffage ont des filiales spécialisées qui prennent tout en charge, de la conception architecturale de la prison à sa construction, en passant par le financement. L’administration pénitentiaire devient alors, en quelque sorte, locataire de l’établissement : elle en a l’usage et verse, en échange, une contribution qui lui sert à rembourser son partenaire privé sur une échéance de 10, 15 ou 25 ans.

Mais en 2005, la Cour des comptes met le doigt sur le déséquilibre engendré par l’importance grandissante des prisons mixtes dans le système carcéral français. Si, en amont, les entreprises font preuve d’une souplesse financière qui manque à l’administration pénitentiaire, elles sont en revanche intraitables sur le versement de leurs « indemnités » en aval. Obligée de leur allouer des moyens fixes, « l’AP n’a donc d’autre choix que d’utiliser comme variable d’ajustement les dotations qu’elle alloue aux établissements à gestion publique », analysent les experts de la Cour des comptes.
En d’autres termes, les investissements dans les prisons publiques sont réduits d’autant. Et la coexistence des deux systèmes, public et mixte, conduit même à concentrer la surpopulation dans les Maisons d’Arrêt gérées directement par l’administration pénitentiaire : là, elle n’a ni numerus clausus à respecter, ni indemnités supplémentaires à verser pour cause de sureffectifs.

Automutilation et reconnaissance biométrique

Quant aux innovations que les concepteurs privés prétendent introduire dans les nouvelles prisons, grâce à la collaboration de cabinets d’architecture « haut de gamme », elles se traduisent surtout par l’isolement grandissant des détenus.
C’est le constat de l’Observatoire International des Prisons, qui observe que « tous ces établissements connaissent des records de suicides, automutilations, violences et agressions » (Dedans/Dehors, janvier 2006). Au lieu d’humaniser les conditions de détention, l’usage de la reconnaissance biométrique ou l’omniprésence de la vidéosurveillance ont au contraire restreint la possibilité pour les détenus de circuler vers les lieux d’activité, de travail et de détente, ainsi que celle de communiquer entre eux et avec les surveillants.

Sur d'anciennes zones industrielles...

Reste enfin un problème de place, qui risque d’aggraver encore l’isolement des détenus. La métropole compte aujourd’hui 119 Maisons d’Arrêts, soit une ou deux en moyenne par département : les simples prévenus y côtoient des détenus condamnés, en principe, à un an maximum, mais aussi d’autres plus dangereux qui attendent une place en Etablissements pour Peine (une soixantaine en tout aujourd’hui, plus 7 établissements pour mineurs).
L’administration pénitentiaire s’efforce de développer le nombre de places dans ces différentes structures, là où les besoins augmentent, c'est-à-dire dans les régions les plus urbanisées : le Nord-pas-de-Calais, le grand Est, l’agglomération parisienne et ses extensions à l’ouest et au sud, celles de Lyon, Toulouse, Marseille.

Ou sur la côte d'Azur

Sauf que les communes concernées se battent, en général, pour éloigner la future prison de leur territoire. Ainsi Orléans, dont la Maison d’Arrêt doit être reconstruite, tente en vain et depuis des mois de convaincre l’une des villes de son agglomération d’accueillir le chantier. Dans la majorité des cas, les sites retenus sont d’anciennes zones industrielles qui ont l’avantage de fournir de grands espaces libres à l’écart des habitations, mais qui ne sont pas forcément très accessibles pour les personnels comme pour les proches des détenus.

D’où la solution « à l’américaine » envisagée un temps par Pascal Clément en 2006, et rapportée par le Nouvel Observateur : après avoir visité le Metropolitan Correctional Center de Manhattan, l’ancien Garde des sceaux proposait d’introduire cet exemple de prison verticale dans les villes où l’AP ne trouve pas les 12 hectares nécessaires pour un établissement classique. Il citait l’exemple de Nice… Les prévenus apprécieraient peut-être d’y occuper des cellules avec vue sur la mer. Mais ce nouveau concept réconcilierait-il les citoyens de la Côte d’Azur avec la prison ? À voir.

Illustration: série Oz
Le titre de l'article fait référence au quartier expérimental du pénitencier d'Oswald dans la série Oz.

Marie Painon

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