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Conte campagnard, comptine amoureuse, Le fils de l'épicier nous rejoue une éternelle histoire d’amour et de famille, transportée et transfigurée par une petite mélodie fraîche assez irrésistible. Rien de neuf sous le soleil, mais déjà : le soleil.
Il y a des films qui partent perdants, dont le sujet, trop déjà-vu, nous ennuie presque d’avance. Le fils de l'épicier aurait pu se ranger dans cette catégorie, avec son récit initiatique d’un jeune homme passant à l’âge adulte. Antoine, donc, habite Paris et aime en secret sa voisine de palier, Claire.
Lorsque son père, épicier ambulant dans un petit village rural, fait une attaque cardiaque, il accepte à contrecœur de le remplacer provisoirement au volant de sa camionnette, et en profite pour emmener sa voisine au vert. On sait déjà que l’adaptation à la campagne sera difficile, et que les rapports familiaux seront tendus, mais ce qu’on ne peut prévoir, c’est à quel point le petit univers mis en scène par Eric Guirado se révèlera d’une simplicité lucide et honnête.
C’est bien l’honnêteté ici qui touche immédiatement le spectateur. De ce scénario cousu de fil blanc, le cinéaste délocalise sa fiction en milieu rural, certes, mais surtout sur un territoire où jeu et réalité se mêlent intelligemment. Face à ses acteurs « rôdés », tel qu’un Daniel Duval toujours parfait en irascible paternel, où à ses jeunes recrues encore auréolés d’une certaine fraîcheur (Nicolas Cazalé et Clotilde Hesme, sur un registre bien plus solaire que chez Philippe Garrel), le cinéaste emploie les « véritables » habitants de son village de tournage, des seniors qui apportent beaucoup au film. Guirado cite volontiers Daniel Mermet et son émission « Là-bas si j’y suis » parmi ses influences majeures. De son expérience de documentariste, il conserve ici l’art délicat de saisir des situations du quotidien, avec un regard attentif à tous et une volonté d’accorder à chacun de ses personnages une complexité, ou au moins une ambiguïté égale, a l’instar de son personnage, jeune homme buté qui devra faire profil bas et apprendre à s’intéresser aux autres.
Aucune grande révélation ou twist narratif en vue, si ce n’est un frère borderline pas vraiment nécessaire au film, mais le train train quotidien de la campagne est ici filmé avec vitalité, sur un rythme imposé par les deux jeunes acteurs. Le souffle qu’ils apportent au village, sans doute l’élément le plus « documentaire » du film, est son cœur même, sa raison d’être et sa réussite. Guirado ne tombe jamais dans la carte postale bucolique, ne rejoue pas les clichés liés à la campagne : ses champs, ses vieux, son rythme intemporel. Au contraire ici, l’irruption de la fiction en milieu rural et l’interaction avec les non-acteurs autochtones créent une tension, une dynamique, et l’on sent dans de nombreuses scènes le rapport très physique et parfois maladroit des acteurs à leur environnement, en particulier à ces habitants – qui n’ont rien de bucoliques.
Avec son histoire toute simple et ses acteurs « au naturel », le fils de l’épicier déploie allegro une petite mélodie du bonheur qui ne prétend rien inventer, mais qui nous entraîne immanquablement. Le charme opère.
Le fils de l'épicier
Un film d'Eric Guirado
Avec Nicolas Cazalé, Clotilde Hesme et Daniel Duval
Sortie en salles le 15 août 2007

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