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Planète Terreur : Grindhouse - 2ème séance

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Rouge boyaux

Grindhouse, suite et fin. Après Tarantino, le segment de Robert Rodriguez pourra paraître pour certains soit bien fade, soit hautement plus jouissif. Plus proche du projet d’origine, la grande tambouille gore de Rodriguez s’avère surtout une occasion idéale pour mieux définir le cinéma superficiel de l’auteur de Planète Terreur.

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L’éclatement de Grindhouse en deux longs métrages aura permis une évaluation conjointe et séparée de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez par rapport au projet. Le concept initial, hommage vintage au double programme qui par son principe et dans l’industrie hollywoodienne s’inscrit comme une tentative digne de l’art contemporain, se distingue et se révèle encore mieux par son démantèlement. Plutôt, il souligne le rôle et le rapport au cinéma de chaque cinéaste. Dans Grindhouse, Tarantino apparaît comme la tête (le cerveau), et Rodriguez le corps (au propre comme au figuré). Chez le premier, le concept est autant théorisé que déconstruit. Boulevard de la mort, grand film littéral à double niveau, a montré une nouvelle fois comment Tarantino sait d’abord filmer des objets, des espaces typiquement américains, et la manière dont les corps les habitent et s’y déplacent. Son génie a été de miser non sur un décalque de références, mais sur un surgissement, sorte d’effraction ou d’embranchement du cinéma (Kurt Russel et son bolide). Son rapport aux images étant littéral et distancié, le cinéma intervenant comme une rupture dans le flux continue de la parole. Une manière de faire exister l’hommage dans une fiction qui le déborde.

Le rapport de Robert Rodriguez est différent. Son Planète Terreur est autrement littéral et finalement plus fidèle à l’idée d’un hommage à ces séries B et surtout Z qui ont bercé la jeunesse du cinéaste. Le segment est même si éloigné de Tarantino que sa version longue force à le considérer comme une entité séparée de ce corps siamois qu’a été Grindhouse (et que finalement nous n’avons jamais connu). Sans son grand frère, Planète Terreur ressemble à un film de Rodriguez, avec ce qu’il faut en plus d’effets vintage pour rappeler qu’il s’agit d’abord de rendre hommage. Plongeant sans complexe dans le cinéma d’exploitation des années soixante-dix et quatre-vingt (surtout), de Romero à Carpenter (principalement), Rodriguez s’invite donc côté zombies, dans un délire gore invraisemblable où la seule logique qui tienne réside dans la surenchère. Ici tout est prétexte à l’excès, aux démembrements, à un grand étalage de boyaux, à enchaîner les fusillades impossibles, avec Rose McGowan en poupée érotique à qui Rodriguez coupe une jambe pour la remplacer par un gun. Planète Terreur est une fantaisie crados digne d’un comic book, aplatie, sans relief, se suivant sans temps mort, avec ce qu’il faut de plaisir coupable et décomplexé.

L’aplatissement justement. Comme pour Sin City (voire Spy Kids, mésestimé), Planète Terreur n’entretient aucune distance avec son matériau d’origine. Il ne réactualise pas un style, mais une technique et les défauts inhérents à son économie (jump cut, scratches, pellicule abîmée, grain, plus visible et systématique que chez Tarantino). Ce maniérisme, qui calque moins son esthétique sur des auteurs que sur des conditions de production, et qui à première vue semble décoratif et vain, s’avère finalement en parfaite adéquation avec le cinéma de Rodriguez. Cette œuvre de bricolo qui de film en film travaille à perpétuer une idée du cinéma populaire (proche de Corman en plus exigeant), témoigne dans sa littéralité d’un rapport juvénile aux images (et ses souvenirs) maintenant un geste artisanal. La force de Rodriguez, derrière sa fadeur, son absence de style propre sinon quelques thèmes liés à ses origines, tient dans la reproduction extensive de ce système. Celui-ci, mis à l’épreuve en permanence dans Planète Terreur, crée une autre variation pop que celle de Tarantino. Une forme de surenchère qui valse avec le grotesque et la parodie mais toujours à une distance égale avec ses références qui annule le cynisme et préfère une modestie fraternelle.

Ce régime d’intensification (plus gore que chez Romero, plus d’action que chez Carpenter, etc.), archi visible dans Planète Terreur, permet ainsi de mieux situer Rodriguez. Sa logique de reprise, d’imitation, qu’il défait constamment en remplaçant la citation par une économie de l’ébullition qui le singularise. Si dans Grindhouse le cinéaste est donc le corps, c’est parce qu’il entretient un rapport primitif, voire trivial ou naïf, avec le cinéma (en plus que dans Planète Terreur le corps est le centre de tout, déformation, amputation, etc.). Ce lien, non pensé, et qui ici comme ailleurs invente un cinéma superficiel, sorte de transfiguration nulle (contrairement à Tarantino), crée un autre type de projet hybride propre à Grindhouse. Un objet à la fois fidèle, répondant scrupuleusement à sa commande, au concept, à une connivence (les acteurs de seconde zone que les amateurs reconnaîtront), et qui en même temps par ses moyens et excès démontre un savoir-faire qui le resitue dans sa propre modernité. De tous les revival gore (tel Versus de Kitamura), Planète Terreur s’impose comme la meilleure lecture (et non relecture). La vision la plus débridée, immédiate, pulsionnelle, alcoolisée, où l’unique réflexivité tient dans un rapport profane aux images. Un cinéma strictement spectaculaire sans conséquences.

Planète Terreur
Un film de Robert Rodriguez
Avec Rose McGowan, Freddy Rodriguez et Josh Brolin
Sortie en salles le 14 août 2007

[Illustrations : © TFM Distribution]
Jérôme Dittmar