Alors qu'elle fut au départ bien accueillie, la réforme des universités a laissé un goût amer aux syndicats étudiants, qui pourraient reprendre le débat dans la rue en octobre prochain.

Les réformes dans l'éducation et l'enseignement supérieur sont toujours délicates, a fortiori pour un gouvernement de droite.
Le gouvernement Fillon, soucieux de ménager les susceptibilités, a d'ailleurs déjà reculé : 17 000 départs en retraite ne devaient pas être remplacés dans l'Education nationale, au final ce sera 10 000. Pour faire bonne mesure, on parle dans le même temps de création de postes afin de répondre aux besoins nouveaux. De la revalorisation des carrières d'enseignant et de l'augmentation de leur pouvoir d'achat, deux promesses de campagne du candidat Sarkozy. L'extension du service minimum à l'éducation, idée un temps caressée par François Fillon, a été abandonnée. Tout comme est ajournée pour 3 ans la réforme de la carte scolaire.
Car Nicolas Sarkozy doit agir avec doigté et patience, ménager les syndicats s'il veut faire passer une autre lourde transformation, celle des universités.

Certes, la loi est passée. D'ailleurs, tout le monde est convaincu de la nécessité de réformer la gouvernance des universités. Mais les syndicats étudiants n'ont pas bien vécu les négociations, dans lesquelles ils ont le sentiment d'avoir été instrumentalisés. Bruno Julliard de l'UNEF considère en effet que le texte proposé était loin des discussions préliminaires avec le ministère. Les syndicats étudiants ont tout de même obtenu le retrait de la sélection à l'entrée du master et éloigné le spectre de l'augmentation des frais d'inscription. Toutefois, ils regrettent que l'instauration de contre-pouvoirs face à l'omnipotence du président d'université et une véritable réflexion sur l'échec en premier cycle soient absents du texte.

Que dit la réforme ?

La réforme de Valérie Pécresse prévoit que les universités puissent accéder à l'autonomie dans la gestion de leur patrimoine immobilier, dont elles deviennent propriétaires, comme dans celles de leurs ressources humaines.
Elles ont aussi toute latitude pour créer des fondations et donc nouer des liens avec le secteur privé. Pour plus de souplesse, les conseils d'administration sont réduits et les pouvoirs du président accrus. Les personnels non enseignants craignent l'arbitraire de ce dernier dans le choix des affectations.
Les plus en difficulté seront accompagnées par l'Etat dans l'application du dispositif, pour éviter les phénomènes de concurrence entre établissements. L'autonomie ne revêt plus de caractère optionnel, comme le souhaitait l'UNEF qui craignait la mise en place d'une université à deux vitesses.

Le gouvernement prévoit d'accroître le budget de l'enseignement et de la recherche de quelque 1,8 milliard d'Euros dans le budget 2008. Car le problème plus large est la sous-dotation structurelle des universités : la France investit moins pour un étudiant que pour un collégien ; la recherche est sous-dotée notamment à cause de l'absence de recours aux capitaux privés ; le taux d'échec en premier cycle est ahurissant (près d'un étudiant sur deux ne le dépasse pas) et 1 diplômé de l'université sur 10 est toujours sans emploi trois ans après avoir quitté l'amphi. Ci-dessous, Pierre Lunel, ancien Président de l'Université Paris 8, auteur de Facs le grand merdier ? dressait un constat peu amène il y a peu sur I-Télé.


Photos : Locaux de l'Université Paris 8, via Coulmont sur Flickr

Daniel de Almeida



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