Motel de Nimród Antal

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Psycho holocaust

Là où Eli Roth fait le malin avec Hostel et joue au Debord de série Z, Nimród Antal s’impose tranquillement et avec une efficacité étonnante tout interrogeant lui aussi, et en mieux, les images et le cinéma. Son Motel est certainement ce qu’on a vu de mieux dans le genre depuis longtemps.

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Dès le générique d’ouverture de Motel, la filiation hitchcockienne s’impose. Jeu sur la typographie façon La mort aux trousses, musique aux accents de Bernard Herman, aucun doute, on imagine déjà un Psychose revisité. On ne s’est pas trompé, petit à petit le rythme s’accélère comme une course folle, les tonalités sont plus agressives, des nappes métalliques montent pour accentuer la pression et insinuer une distance qui va nous éloigner d’Hitchcock sans jamais le perdre de vue. Et puis les premiers plans (sublimes, ciselés, ultra composés), une voiture émerge d’une obscurité quasi totale à travers une route isolée. À l’intérieur un couple (Luke Wilson, Kate Beckinsale) en instance de divorce après la perte de leur enfant, c’est leur dernier voyage, l’amour n’est plus au rendez-vous, pas la mort. Rapidement c’est la panne et le couple est obligé de passer la nuit dans un motel pourri et évidemment paumé. Lorsqu’ils découvrent dans leur chambre plusieurs vidéos contenant des snuffs, ils comprennent immédiatement en observant les images qu’ils sont les futures victimes.

Motel part sur presque rien, un fantasme, une angoisse (de la mythologie du snuff à la crainte des lieux à l’écart de la civilisation où se planque toujours l’horreur, un classique), tout en travaillant avec le minimum, jusqu’à l’épure (condensation extrême du temps et de l’espace). Tourné comme un huis clos oppressant et sans issue, il fait monter une pression graduelle et millimétrée avec une précision quasi scientifique. Tout ici marche à l’économie de moyens, à l’esquive du spectaculaire, pour renouveler constamment les enjeux. De la voiture au motel, le film développe ainsi en permanence une variété de plans (sur-cadrages, décadrages) renforçant la perspective formelle qui accompagne le snuff, comme un contrepoint. Les vidéos ne servant pas seulement à accentuer l’horreur, elles sont analysées par les personnages qui en les décortiquant désorientent le point de vue des maniaques. C’est en apprenant à regarder que les victimes d’une mise en scène deviennent eux-mêmes des auteurs. Ils veulent s’évader du film, ce grand guet-apens.

Sorte de chaînon manquant entre Hitchcock et Deodato (de Psychose à Cannibal Holocaust), Motel est un formidable petit outil théorique. Mais sans s’arrêter à une stricte variation esthétique ou cinéphile, il atteste surtout d’une maîtrise parfaite de son concept qu’il ne trahit jamais. Moderne et intelligent, Motel est autant un petit traité de mise en scène réflexif qu’un thriller climatique angoissant et radical comme on en voit peu. Maniériste sans hésitation, Nimród Antal (primé à Cannes en 2004 pour Kontroll, tourné en Hongrie) témoigne ici d’une conscience parfaite, presque surdouée, de ses moyens. Contre l’hyper réalisme de série Z du snuff il oppose le classicisme hitchcockien puis finit par créer le lien. Il propose ni plus ni moins qu’une étude du regard, sorte de Fenêtre sur cour réactualisé à travers une remise en perspective du sujet dans l’action. Le rapport aux images étant constamment réintégré au fil du récit plutôt que simplement théorisé de manière abstraite. Le film devient alors un objet étrange décuplant sa réflexion tout en conservant le principal, faire un effet maximum. Du snuff au classique, Nimród Antal montre enfin et surtout que l’un n’est que le revers caché de l’autre.

Motel
Un film de Nimród Antal
Avec Luke Wilson, Kate Beckinsale et Frank Whaley
Sortie en salles le 1er août 2007

[Illustrations : © Sony Pictures Releasing France]
Jérôme Dittmar Le 30 July 2007

Sur le web :


• Casting de Motel

Réalisateur : Nimród Antal
Avec : Kate Beckinsale , Luke Wilson , Frank Whaley , Ethan Embry , Scott G. Anderson , Mark Casella , David Doty , Norm Compton , Caryn Mower , Meegan Godfrey


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