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Entre nous, Joe Carnahan on n'y croyait pas trop, même après l’optimisme rencontré ici ou là pour Narc. Avec Mi$e à prix, en lice pour le film le plus cool de l’année, on est convaincu, Carnahan c’est du vent.
Il y a quatre ans, Joe Carnahan avait séduit certains avec Narc, son second long-métrage (le premier, Blood, Guts, Bullets and Octane restant encore inédit chez nous). Polar nerveux, électrique, granuleux, hyper réaliste, très seventies, maniériste au possible, Narc était devenu la sensation de l’été 2003. Plutôt sceptique pour ce qui nous concerne et sentant un peu l’esbroufe devant tant de volonté stylistique, on attendait la suite.
Ça tombe bien elle arrive, et nos craintes sont confirmées. Carnahan est bien en recherche d’identité. Déboussolé, il fait preuve dans son Mi$e à prix (AKA Smokin’ Aces partout ailleurs) d’un total manque de singularité. Pire il n’essaie même plus de masquer ses citations, s’inscrivant en petit opportuniste has been d’un cinéma déjà mille fois revu et (mieux) corrigé, surtout depuis le Boulevard de la mort de Tarantino, film de l’année.
Le cas de Mi$e à prix est le parfait exemple d’un cinéma complaisamment cool qu’on croyait enfin avoir perdu de vu depuis que les suiveurs de QT avaient fini par comprendre qu’ils n’arriveraient jamais à la cheville de leur idole. Mais certains s’entêtent, prêts à foncer droit dans le mur et à pieds joints. C’est le cas de Carnahan qui tente aujourd’hui désespérément de réactualiser un cinéma pop et décomplexé, à renfort d’effets surannés et désuets. Son Mi$e à prix, petit film branchouille d’il y a dix ans, s’essaie donc au polar décalé et esthétisant. Dans un style qu’il voudrait très comic books, avec ses plans faussement sophistiqués, sa galerie de gueules improbables, sa narration éclatée, ses voix-off, ses couleurs pétantes, son humour ironique et ses multiples ruptures de ton, il tente d’en faire des tonnes, misant tout sur le visuel, pour nous faire croire qu’il se passe quelque chose. Enième film juke-box ou samplé, Mi$e à prix se voudrait aussi un truc rythmé, mélange de nonchalance jazzie et de lyrisme soul en passant par une dureté plus rock, mais tout ça tient plutôt du gros mégamix dont finalement on se balance pas mal.
Le problème c’est que cette manière de se situer après (Tarantino, etc.) devient franchement pathétique. Et l’on ne peut le taire plus longtemps, le vrai cinéaste matrice de Mi$e à prix c’est moins QT que Guy Ritchie. Même roublardise, identique vacuité, égale complaisance, Carnahan semble avoir trouvé son maître. Mais la facture est encore plus salée, derrière le spectre de Guy Ritchie se cache aussi celui de Scorsese, dont il pique l’univers mafieux, l’hystérie des situations et les dialogues mitraillette. Au fond Carnahan retient ce qu’il y a de plus vulgaire chez Scorsese, ce qui s’exhibe, s’agite, ce qui veut faire cinéma tout de suite. Même la prothèse à une coolitude typiquement blaxpoitation n’élève pas le film vers une expérience formelle trans-genre. Il finit plutôt par rendre visible ce qu’il y a de pire chez les uns et les autres, avec ce petit goût factice et ébahi pour les images. Cette vague posture post-moderne faisant ainsi muter Mi$e à prix en film psychotique. Carnahan s’avérant réellement paumé, en quête de reconnaissance paternelle, d’une filiation (Scorsese) qui reste sourde à ses gesticulations. Devant tant de surexcitation, on ne peut alors que faire le bilan, compter les points, remonter à la source. On retrouve alors Walsh ou Hawks et on se dit que franchement, faut pas déconner, c’est mort.
Mi$e à prix
Un film de Joe Carnahan
Avec Ryan Reynolds, Ray Liotta, Ben Affleck, Andy Garcia et Jeremy Piven
Sortie en salles le 1er août 2007
