Fermer
Pierre et Gilles, double je

Peintres d’icônes


Pierre et Gilles, double je


Au Jeu de Paume jusqu'au 23 septembre 2007

En apparence kitsch et superficiel, le travail des artistes Pierre et Gilles permet une plongée dans l’histoire de l’art et la complexité de l’identité. A la frontière entre peinture et photographie, leurs œuvres engagent le spectateur dans une exploration spéculaire, entre mythe et réalité.

Pierre photographie, Gilles peint. Depuis trente ans, leur technique immuable est mise au service d’une imagerie figée, codée, reconnaissable au premier coup d’œil. Leur production, de nature artisanale, évoque l’émouvant processus des fabricants d’images du XIXe siècle qui retouchaient leurs tirages papiers, exemplaires uniques que pouvait se payer une fois dans sa vie le quidam qui voulait laisser à la postérité l’impérissable souvenir de son passage sur terre. A l’encontre de la caractéristique première de la photographie, à savoir sa reproductibilité, une œuvre de Pierre et Gilles « cesse d’être un document pour devenir un tableau » (Paul Ardenne), voire un objet d’art décoratif (La Mort d’Abel, 2007).

Cheap, kitsch, baroque
A la limite entre photographie et peinture, entre le « ça a été » barthésien et la représentation, frôlant la réalité pour mieux plonger dans la fiction, le travail de Pierre et Gilles sur la scénarisation de l’image fascine par l’équilibre entre révélation de l’identité et amusement par le travestissement, hypertrophie de l’individu et projection des fantasmes des artistes. Toutes en tensions, les œuvres de Pierre et Gilles oscillent entre esthétique cheap et publicitaire (voir les paillettes, strass, et autres effets de neige) et inscription délibérée dans une histoire de la peinture bien codifiée. L’utilisation des caractéristiques majeures de l’esthétique baroque (personnages nimbés, mise en scène chargée, recherche de l’effet sur le spectateur, travail sur le cadre du tableau qui fait le lien avec l’espace extérieur à l’œuvre, etc.) font des célébrités portraiturées, d’Iggy Pop en 1977 à François Pinault aujourd’hui, de véritables icônes contemporaines. Autant dire qu’avoir sa photo par Pierre et Gilles est un must, comme être photographié par Nadar autrefois…
Les portraits de saints ou les scènes mythologiques prolongent les enjeux de la peinture d’histoire, telle qu’elle fut portée à son extrême aboutissement au XIXe siècle. Chaque personnage est reconnaissable à son attribut, et l’image devient ainsi blason : Amour taille son arc, saint Sébastien est bardé de flèches, Ganymède enlace l’aigle de Jupiter… On pense à David dans son ultime période kitsch, ou à Gustave Moreau, le dernier peintre d’histoire. Dans certaines images de saints, le propos varie entre l’imagerie saint-sulpicienne (Lio en Madone au cœur blessé, 1991) ou la simplicité de l’image de missel, propre à la prière (Saint Siméon le Stylite très « simplement » perché sur sa colonne).
Si les sujets sont les mêmes, la nudité des figures perturbe bien plus qu’auparavant en peinture, car la photographie, même retouchée, témoigne de la réelle nudité, non pas imaginée mais expérimentée par la proximité entre l’auteur et son modèle. Aussi l’érotisme latent dans chaque image révèle-t-il une certaine violence, malgré l’apparente candeur du propos, notamment dans les photos d’enfants comme L’Innoncence (2003), portrait de jeune fille naïvement entouré d’appétissantes fraises.

Concluant l’exposition, une série d’autoportraits de Pierre et Gilles souligne la complexité de leur travail. Dans l’auto-fiction qu’ils mettent en scène à deux pour certaines œuvres en miroir comme Les Pistolets (1987) ou Les Mariés (1992), la sexualité et le goût du travestissement sont placés au centre. D’autres photos se situent à l’opposé de cette naïveté assumée et de l’esthétique kitsch : le diptyque Exil intérieur (2002) montre la métamorphose de leur corps, par la distorsion de l’image dans des miroirs convexes, en corps monstrueux, tandis que dans Kryptonite (2001), leur visage pétrifié révèle l’angoisse d’un questionnement réciproque du moi, loin de toute superficialité. Dans ces autoportraits surgit le sens de l’œuvre, la raison de la fascination.

Exposition « Pierre et Gilles. Double je. 1976-2007 »
Paris, Jeu de Paume, 26 juin - 23 septembre 2007

Photos, de haut en bas :
Nina Hagen, 1993 © Pierre et Gilles. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
Saint Sébastien, 1987 © Pierre et Gilles. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
Pierre et Gilles © Pierre et Gilles. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris

Magali Lesauvage
Sur le web

Le site web du Jeu de Paume
- Suivre l'actu du Jeu de Paume sur le blog arts
Radio

ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...

Personnalités arts

Nés aujourd'hui :

Marc ChagallPierre Cardin

Marc Chagall / Pierre Cardin /

L'abécédaire

 A   B   C   D   E   F   G   H   I   J   K   L   M   N   O   P   Q   R   S   T   U   V   W   X   Y   Z 

Afficher par : naissance / nationalité / métier

Les concours sur Fluctuat
My Bloody Valentine, places pour le Zénith Les Proies : des places de ciné à gagner Des maxis de Mangrove à gagner
Les Promesses de l'ombre : des DVD à gagner Des coffrets DVD de Joseph Morder à gagner
My Bloody Valentine, places pour le Zénith
Les Proies : des places de ciné à gagner
Des maxis de Mangrove à gagner
Les Promesses de l'ombre : des DVD à gagner
Des coffrets DVD de Joseph Morder à gagner

Zoom sur

Gustave CourbetMan RayFrancis PicabiaAlberto GiacomettiPablo PicassoKeith HaringCindy ShermanJean NouvelCamille ClaudelAuguste RenoirBernard WerberSandro BotticelliJackson Pollock

Gustave Courbet / Man Ray / Francis Picabia / Alberto Giacometti / Pablo Picasso / Keith Haring / Cindy Sherman / Jean Nouvel / Camille Claudel / Auguste Renoir / Bernard Werber / Sandro Botticelli / Jackson Pollock

Les tags Arts

beaubourg victoria et albert museum architecture art et cinéma art numérique art paris art plastique art video bnf expos à paris fiac foire fondation cartier galerie à paris grand palais installation jeu de paume la villette musée du louvre mac val mep mode moma musées nuit des musées musée d'orsay palais de tokyo patrimoine peinture photographie quai branly revue salon sculpture surréalisme musée du sénat tate britain vente record
Sur le forum arts

- Recherche désespérement des cours de théât...
- Pass Vieilles Charrues
- Comment Obtenir cette couleur ?
- Festival Bancs Publics

La newsletter