Partenaire particulier
Candidat réservé sur la question, Nicolas Sarkozy une fois élu a fait de l'Europe une de ses priorités. Pourtant, en alternant les replis souverainistes et l'enthousiasme communautaire, le virevoltant président brouille les cartes et met mal à l'aise les partenaires.
La Commission est un partenaire
Si le Sarkozy candidat pratiquait peu de rupture avec les habitudes politiques françaises, le Sarkozy président agit tout autrement. Et ne se prive pas de multiplier les symboles : en accueillant le président de la Commission européenne José Manuel Durao Barroso et le président portugais de l’union Jose Socrates au défilé du 14 juillet ou en posant à côté du drapeau européen sur sa photo officielle.
Mais résumer l'attitude du président à une dimension spectaculaire serait malhonnête. Celui-ci a fait montre d'une détermination autrement efficace, l'exemple le plus probant étant le traité constitutionnel simplifié, qui certes ne remplit pas toutes les attentes mais auquel il est difficile de nier son rôle de déblocage de la machine européenne.
Il a également exigé en Conseil des ministres que les membres du gouvernement français ne fassent plus de Bruxelles le bouc émissaire de leurs erreurs. La Commission - dont le président est jugé excellent par l’Elysée - devra désormais être considérée comme un véritable partenaire politique.
Dernier exemple en date, Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, a réitéré la volonté présidentielle d’en finir avec une certaine arrogance française et a notamment précisé : "Je vais demander à ce qu’on recense l’ensemble des condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’Homme : je veux savoir pourquoi on a été condamnés et quelles réponses on a apportées".
Survalorisation de la nation
Il y a pourtant une autre arrogance française, qui elle semble avoir de beaux jours devant elle :celle portée par une vision messianique de notre pays sur la scène internationale, une survalorisation du concept de nation, héritée de la tradition gaullienne et avec laquelle Sarkozy n'est pas prêt de rompre.
Entre autres exemples, s’ils ont bien perçu ses efforts symboliques, les diplomates européens ont également pu apprécier l’"égonationalisme" du président français dans la gestion de l’affaire des infirmières bulgares retenues en Lybie, tout comme les ministres des finances de l’Eurogroupe ont accueilli avec circonspection le projet de pause dans la réduction du déficit français censé être ramené à moins de 60 % du PIB en 2010.
La repolitisation de l'Union
Et c'est peut-être là le point de tension principal entre Sarkozy et l'Europe et qui explique ce mélange de séduction/répulsion qu'il exerce sur les diplomates.
Tout le monde se félicite de voir un président tenter de redorer le blason européen et apporter un souffle politique à ce qui ressemble aux yeux de l'opinion à une bureaucratie froide et hors de contrôle, résultat d'une " grande dérive vers la dépolitisation de l’Europe qui voulait partout remplacer la décision politique par des règles, des normes et des procédures" comme le Chef de l'Etat l'a résumé lors d'un discours à Strasbourg le 1er juillet).
En prônant une repolitisation, Nicolas Sarkozy est d'ailleurs au diapason de la Commission qui s’inquiète des taux d’abstention aux élections européennes et souhaite pourvoir attribuer des fonds à des fondations politiques européennes, le but étant de créer des liens entre débats communautaires et nationaux voire locaux.
En revanche, la désinvolture du président à l'égard des institutions – il critique très sévèrement la Banque Centrale - du calendrier – le déficit français donc - inquiète et agace. Surtout elle pose une question :
Sarkozy instrumentalise t-il l'Europe à ses seules fins politiques personnelles, pour favoriser son rayonnement de président actif et crédible sur la scène internationale ?
Plus idéologue qu'il n'y paraît
La présidence française de l'Union en 2008 se veut celle de l'ambition : le président français entend mettre sur le tapis les investissements, la politique industrielle, le gouvernement économique de la zone euro, la maîtrise de l’immigration, la fin de l’indépendance de la Banque centrale, et le partenariat avec la Méditerranée. Une ambition cadrée par des vélléités protectionnistes – pour lutter contre le dumping social des économies émergentes– et le frein à l'expansionisme – ses déclarations sur la Turquie démontrent que croyant à la prédominance des nations dans le débat il n'entend pas multiplier les interlocuteurs.
L'idée, vivement désapprouvée par l'Allemagne, d'un G6 des pays les plus peuplés pour facilité certaines avancées va dans le même sens. Sarkozy met toujours en avant son souci du pragmatisme mais ne manque pourtant pas de vision idéologique : il veut une Europe des nations et une Europe qui protège des excès de la mondialisation. Le premier point tranche avec les visions fédéralistes, le deuxième augure de beaux débats avec la très libérale commission européenne.
Sur le web
- Un entretien avec Romano Prodi sur l'Europe à deux vitesses, sur le site d'Euractiv