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Cachée derrière ses airs modestes d’œuvre mineure, You Kill Me dégage un vrai charme qui doit autant au talent de ses comédiens, Ben Kingsley en tête, qu’à la mise en scène de John Dahl. En jouant sur les décalages, celui-ci distille un humour à froid et une émotion, tout en retenue, qui mettent joliment en valeur l’humanité de ses personnages. Séduisant !
Au cœur des différentes mafias qui veulent dominer Buffalo, ville frigorifiée de la région des Grands Lacs, le récit de You Kill Me prend d’abord des allures de thriller, au goût de Reservoir Dogs. Glacée et métallique comme un revolver, la jolie photographie sombre, digne des grands classiques du genre, est vite contrebalancée par une petite musique ironique. Celle-ci, à l’unisson de la mise en scène de caïds à l’envergure contestable, donne le ton d’un récit d’autant moins grandiloquent qu’il s’intéresse d’abord aux fêlures intimes, plus qu’à une éventuelle tragédie.
De la pègre, on ne retient d’ailleurs que l’aspect familial et solidaire. Ainsi, lorsque Frank (Ben Kingsley), tueur professionnel qui œuvre pour la mafia polonaise, rate l’exécution d’un chef de gang irlandais, ses amis l’envoient-ils illico à San Francisco… avec l’obligation de s’inscrire aux Alcooliques Anonymes (AA). Fine et fière gâchette qui n’avait jamais connu l’échec, Franck vit mal cette humiliation. Contraint d’écouter les autres, son hésitation est la même que celle du spectateur : ridicules ou pathétiques ces alcoolos bavards auxquels personne ne veut s’identifier ? Difficile de savoir sur quel pied danser...
Christopher Markus et Stephen Mcfeely, également scénaristes du remarquable Moi, Peter Sellers, fournissent ici un excellent support à l’expression d’un réalisateur adepte des polars (Last seduction), certes, mais surtout du mélange des genres (Red Rock West). Grâce à un jeu de contrepoids constant, naît un étrange climat déstabilisant. A une image froide répond la chaleur de scènes profondément humaines telle cette hilarante veillée funèbre au fort goût de malt à whisky. A l’omniprésence de la mort (le tueur se fait engager… à la morgue) s’oppose la renaissance d’êtres abîmés. Au premier degré des uns répond l’ironie effrayée d’un héros qui tangue et hésite, peinant à trouver la bonne attitude, la bonne distance.
De cette valse-hésitation constante et du refus d’une dramatisation excessive, Dahl fait surgir un charme simple, empreint de modestie, qui souligne l’humanité de personnages improbables mais attachants. Sur la voie de la rédemption, comme souvent chez lui, il y avait pourtant matière à se perdre dans une bluette sentimentalo-dramatique au gré d’un scénario solide mais casse-gueule. Heureusement, l’ironie et la distance de la réalisation sont au diapason du soliste, Ben Kingsley. Son interprétation magistrale, au mutisme sobre (sic) mais expressif, apporte un vrai supplément d’âme auquel il est difficile de rester insensible. Au final, une rafraîchissante sortie estivale, drôle et légère, qui cache bien sa gravité.
You Kill Me
De John Dahl
Avec Ben Kingsley, Téa Leoni, Luke Wilson
Sortie en salles le 25 juillet 2007

Illus. © Metropolitan FilmExport