L'univers d'Harry Potter
Concevoir le diable comme un partisan du Mal et l'ange comme un combattant du Bien, c'est accepter la démagogie des anges. Milan Kundera, extrait de Le Livre du rire et de l'oubli.
Le rôle du méchant vient s’opposer à celui du héros, qu’on appelle dès lors « gentil » par contraste. Une œuvre qui divise les personnages en deux catégories, les bons et les mauvais, est une œuvre manichéenne, mot qui provient du conflit millénaire : Satan vs Dieu.
Dans cette optique, le méchant est un être sans scrupule dont la cruauté est sans limite. Mais le méchant ne peut se contenter de cette définition manichéenne. Il existe toute sorte de méchanceté. Il y a ceux qui se sont perdus dans l’obscurité du mal après avoir défendu sans succès le bien, il y a les savants fous, les stupides qui se contentent de suivre, les méchants qui ont une conception du bien propre à eux, ou encore les seigneurs maléfiques à l’image de Voldemort qui ne désire qu’une chose : le pouvoir et la puissance.
>Sans méchant, le héros ne pourrait pas vivre d’aventure. Le bien n’existe pas sans le mal, l’amour sans la haine…. Si le héros n’a pas une personne ou un groupe de personnes à affronter, on arrive à un roman (ou un film…) dénué de sens et d’intérêt. Même dans les romans dits « réalistes », le protagoniste affronte un mal. Par exemple dans Mme Bovary, Emma affronte l’ennui, un mal qui la ronge et qui la poussera au suicide. Dans l’Education Sentimentale, Frédéric Moreau affronte un grand ennemi : lui-même. Le méchant se traduit sous toutes les formes et devient intéressant quand on cherche plus loin que le concept manichéen.
Jean-Paul Sartre disait : « L'ennui avec le Mal, c'est qu'on s'y habitue, il faut du génie pour inventer » et l’auteur d’Harry Potter va réinventer le mal avec tout le génie qu’elle possède.
J.K. Rowling présente une palette de plusieurs types de méchants. Du plus maléfique au plus stupide, du maître au serviteur, du volontaire à celui qui ne voulait pas devenir le mal. Le mal ultime, le méchant type, c’est bien sur Voldemort qui s’apparente au Satan et au méchant manichéen de la religion judéo-chrétienne. Ce qui jusque là pouvait énerver, (le cliché bien contre mal) devient une évidence dans les romans de la britannique. Harry est un héros avec des défauts, mais avec Ron et Hermione, il devient un héros type, un héros sans faille capable d’affronter le mal comme dans les contes médiévaux des chevaliers sans peur. Voldemort, lui, n’a pas besoin d’addiction pour être un méchant type. Mais pour temporiser cet ultime mal, Rowling offre à Harry la possibilité d’affronter toutes sortes de méchants durant sa quête de l’affrontement final.
Il y a bien sur les Mangemorts, les partisans de Voldemort. Même s’ils sont d’accord avec leur maître, ils ne sont pas aussi démoniaques que lui.
Dans les Mangemorts, on retrouve les aveuglés, ceux qui voient en Voldemort un génie, un roi, un empereur, le maître de l’univers, à l’image de Bellatrix Lestrange qui voue un culte au mage noir :
« S’il ne nous avait pas pardonné, à nous qui avions perdu foi à cette époque, il ne lui serait resté que très peu de fidèles.
- Il m’aurait eu moi ! dit Bellatrix avec passion. Moi qui ai passé tant d’années à Azkaban pour lui. »
Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé, Edition Folio Junior 2007, p.38, (chap.2).

Il y a les apeurés, les serviteurs soumis qui sont sous les ordres du Mage Noir uniquement parce qu’ils sont terrifiés. Queudver fait aussi partie de cette catégorie. La frontière entre la peur et le pouvoir est très faible finalement.
A côté des Mangemorts, nous retrouvons toutes sortes de méchants.
Les faux méchants par exemple, comme Sirius Black que l’on croyait responsable de l’assassinat de 12 moldus et de Queudver. Ou encore Remus Lupin qui se transforme en loup garou malgré lui et qui peut devenir un tueur durant ses périodes
Les créatures du mal comme les Détraqueurs qui sont le mal absolu, bien plus que Voldemort lui-même. Et d’autres Loups-Garous comme Fenrir Greyback qui adore tuer pour tuer. Sadique et cruel, il se place largement aux côtés des Détraqueurs.
Ceux qui ont une mauvaise nature mais qui ne penchent pas forcément vers Voldemort comme Graup, le frère d’Hagrid ainsi que tous les géants en général. Mais dans la catégorie humain, on ne peut que penser à Dolorès Ombrage. Fervente défenseuse du Ministère de la Magie, elle n’hésite pas à utiliser les mêmes techniques de Voldemort pour arriver à ses fins :
- Très bien, dit Ombrage en sortant sa baguette magique. Très bien… Je n’ai plus d’autre choix… Il ne s’agit plus seulement de discipline scolaire… C’est une question qui concerne la sécurité du ministère…. Oui… Oui….
(…)
- Vous m’y forcez, Potter… Ce n’est pas moi qui le veux, dit-elle, en dansant toujours sur place. Mais parfois les circonstances justifient qu’on y ait recours… Je suis certaine que le ministère comprendra que je n’avais pas le choix….
Malefoy l’observait avec un regard gourmand.
- Le Sortilège Doloris devrait vous délier la langue, dit Ombrage à mi-voix. »
Harry Potter et l’Ordre du Phénix, Edition Folio Junior 2007, p. 887 (chap. 32)

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