En 1949 paraissait “The Hero Of A Thousand Faces” de Joseph Campbell résultat de l’étude de centaines de mythes, contes et légendes. L’auteur y mettait en évidence les similarités qui existent entre toutes ces histoires racontées partout dans le monde depuis des millénaires et essayait d’en tirer une vérité universelle. Il mettait aussi en lumière une structure unique qui se répète partout et tout le temps dans tous les mythes humains.
Cette histoire c’est celle de Buffy « l’histoire » et de Whedon : un film raté qui après cinq ans de purgatoire renaîtra bien meilleur en série télé. C’est aussi l’histoire des sept saisons de la série : après avoir appris qu’elle est « l’élue » qui devra combattre les vampires, Buffy pénètre un nouveau monde rempli de créatures dangereuses (le lycée) et traverse une série d’épreuves initiatrices jusqu’à atteindre un nouvel état de conscience (la vie adulte) et mourir, être absorbée au cours de la très sombre sixième saison dans ce que Campbell appelle le « ventre de la baleine » (en référence au mythe biblique de Jonas) avant de renaître et de retourner parmi les siens enseigner son savoir nouveau au cours de la septième et dernière saison consacrée aux remplaçantes de Buffy.
Cette structure est cependant aussi encore celle de chaque saison, au cours de laquelle Buffy est à chaque fois confrontée à un nouveau « gros méchant » qu’elle ne vaincra qu’après avoir touché le fond et en être revenue. C’est enfin, à quelques exceptions près, la structure de chaque épisode de la série. Là réside peut-être tout le génie de cette série télé : un épisode, une saison est un microcosme de toute la série, satisfaisant en lui même mais enrichi par cette construction en fractale vertigineuse. Aucune autre série télé n’a jamais présenté une telle maîtrise de sa forme.
Pour implacable qu’elle puisse paraître, cette structure est aussi terriblement flexible : Whedon aura eu l’occasion de caser un épisode muet ou une comédie musicale sans jamais casser la cohérence du tout. Il en sort en fait renforcé puisque ce tout, c’est un message féministe des plus simples qui passe par une réappropriation de l’histoire la plus vieille du monde (celle du héros) et des multiples visages que lui a donné la culture pop moderne. Un objectif sans doute pas le plus difficile ou le plus révolutionnaire mais là où tant d’autres séries ont été annulées avant d’avoir atteint le leur ou prolongées longtemps après avoir tout dit, Buffy a non seulement atteint le sien avec brio mais ne l’a jamais perdu de vue et demeure sans rivale comme œuvre unique et cohérente de cette ampleur.
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