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Les Fantômes de Goya

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Spanish Ghosts (Hi)Story

Fresque historique plutôt que portrait du peintre, Les Fantômes de Goya explore l’horreur de l’Inquisition espagnole et les vents mêlés de la Révolution en passant par les conquêtes napoléoniennes. Une œuvre ambitieuse à plusieurs voix desservie par un académisme qui met un peu de plomb dans la filmo de Milos Forman.

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Milos Forman aime espacer ses tournages. Sept années de silence entre le beau Man on the Moon et Les Fantômes de Goya n’ont rien de surprenant pour celui qui s’est spécialisé dans les biographies à l’écran (Amadeus, Larry Flynt). Depuis le début des années soixante-dix où il est parti tourner avec ou pour Hollywood, tout juste dix films. Chez certains un tel rythme témoigne parfois d’une grandeur d’œuvre, une forme d’investissement dans chaque projet, chez Forman c’est plus inégal. Les Fantômes de Goya se situe justement du mauvais côté, on peut même ajouter qu’il s’agit sans doute de son film le plus faible depuis qu’il a quitté son pays. Voire un de ses plus mauvais.

Le film couvre la période allant de la fin du XVIIIe, avec l’Inquisition espagnole, jusqu’au retour de Ferdinand VII en passant par les fracas de la Révolution française et la guerre d’Espagne menée par l’armée napoléonienne. Une époque riche de changements, de violence et de nouvelles perspectives dont Goya est le témoin. A travers trois personnages, le peintre, un prêtre, et la fille d’un riche marchand accusée puis enfermée à tort par l’église, Forman et Carrière imaginent un récit fait de destins croisés. Chaque personnage incarne à la fois la complexité de l’époque et sa manière de survivre ou de s’y perdre. Goya est montré comme un lâche, intéressé par l’argent et soucieux d’éviter chaque conflit, pliant devant l’autorité au détriment de ses affinités. Le prêtre est un opportuniste, après avoir profité de la fille du marchand en prison et s’être fait humilier par son père, il fuit les ordres et rejoint la Révolution française. La fille est la pure victime, condamnée à être souillée et anéantie, elle devient folle et ne connaîtra jamais l’enfant qu’elle a eu du prêtre. C’est le personnage le plus tragique, et tous sont liés.

On reconnaît là les préoccupations de Jean-Claude Carrière (co-scénariste), la perversité de l’église Catholique, l’ironie des situations, la richesse d’un contexte historique, l’ambiguïté morale. L’ensemble étant décrit avec une précision presque scolaire et appliquée, une forme d’articulation réfléchie et littéraire où rien n’est laissé au hasard, où tout appelle au commentaire, la description, une analyse froide des comportements. Au-delà de l’intérêt historique, relatif quoique documenté, Les Fantômes de Goya cherche donc à explorer différents mouvements ou facettes d’une période avec un certain romanesque. Il tente aussi d’ajouter une dimension intéressante mais totalement inexploitée, le rapport aux images, leur pouvoir et leur prolifération. Par les gravures à l’eau-forte de Goya et la manière dont celles-ci voyagent de par le monde, le film essaie d’introduire une certaine modernité cohabitant avec son époque. Une idée qui malheureusement ouvre le film (les dessins sont jugés par l’église), mais que Forman et Carrière abandonnent rapidement.

Ce qui finalement rend le film plutôt anecdotique c’est que tout ici ne dépasse jamais le cadre d’un certain académisme. Malgré les contorsions du récit, l’ambiguïté des personnages, le regard réaliste sur l’époque et la manière dont chacun est soumis aux évènements, Forman est incapable d’éviter la platitude. La peinture n’est jamais filmée comme acte ou représentation, à peine est-elle soulignée comme un écho de ce monde. Le peintre n’est qu’un acteur de l’histoire parmi d’autres, on peut très bien imaginer un remplaçant. Le prêtre, qu’un salaud de plus et la fille une victime à qui on ne laisse pas la moindre chance d’exister. Pourtant Forman et Carrière s’épuisent à donner profondeur et éloquence à leur récit. En vain. Au pire le film épouse la caricature ou le ridicule (le retour de Natalie Portman en zombie). Il cherche la précision, les entrelacements, une intrigue complexe aux raisonnements multiples, mais ne résonne qu’un développement morne filmé avec autant d’ambition formelle qu’un téléfilm sans distinction. Le sujet est pourtant riche et ambitieux, les idées parfois présentes, mais aucune n’est réellement traitée avec la mesure nécessaire. Le seul fantôme ici, serait plutôt celui du film.

Les Fantômes de Goya
De Milos Forman
Avec Javier Bardem, Natalie Portman, Stellan Skarsgard
Sortie en salles le 25 juillet 2007

© Studio Canal

Jérôme Dittmar