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La fin d'une ère
Il n’y a pas de bons albums sans légende à la hauteur. Celle des Mondays est la plus improbable de toutes : l’histoire de quelques types venus de Salford, banlieue ouvrière de Manchester, et qui font péter la banque sur un malentendu.
Cette version passe sous silence le rôle de Shaun Ryder dans l’invention d’un son et de chansons qui, si elles n’en ont que rarement l’air (trop irrégulières, impures, parasitées par des tas de trucs déplaisants), sont, dans leur genre, de vraies petites bombes incendiaires.
Produit par Howie B, Uncle Dysfunktional n’est pas le disque du siècle, pas un chef d’œuvre ligne claire à la Pet Sounds ou l’un de ces albums racés que produisent les créateurs cohérents de maintenant (les Radiohead, The National, Unkle et les autres), mais une succession d’appendices cinglés parfaits pour accompagner n’importe quelle sortie de brouillard. Plus proche de Pills n’Thrills qu’il n’y paraît, Uncle Dysfunktional est l’album des lendemains de fête par excellence, pas encore celui de ces Blue Mondays où l’on retrouve le chemin du boulot avec la tête dans le c** après deux nuits en clubs, mais celui où l’on y retourne la fleur au fusil avant de se rendre compte qu’on est trop gros, trop vieux pour s’éclater encore comme une grosse baleine.
Dépourvu d’hymnes imparables et strictement dansants, le nouvel album des Mondays est hilarant, terrifiant et émouvant. On y célèbre la larme à l’œil la fin d’une ère (Madchester), en même temps qu’on y suit la relève paumée d’aujourd’hui. La culture ecsta a été remplacée par celle, moins joyeuse et décérébrée des geezers ; la drogue est toujours là mais sa consommation abrutissante a mis à distance les idéaux hippies qui traînaient dans les premières incarnations des Mondays. Dans ce contexte, Ryder et ses boys, fringués en fous du roi, prenant sur eux toute la démesure d’une époque révolue, la multipliant, la triturant jusqu’à la caricature, sont toujours aussi pertinents et alignent des rythmes et des rimes qui tiennent à peine debout mais surprennent sur chaque seconde conquise à la lose. La folie des Mondays déborde du cadre sur chaque titre, depuis les premiers "versets" du salace et surréaliste "JellyBean", jusqu’à la parodie de Suicide qui clôt l’album. Les chansons sont tantôt rock ("In The Blood"), tantôt rap ("Deviants"), tantôt pop ("Rats With Wings"), tantôt dance ("Anti Warhole") mais presque toujours inattendues.
C’est peut-être finalement la plus grande qualité des Mondays et de cet Uncle Dysfunktional (excellent titre, signalons-le) : sa capacité à être (re)venu de nulle part et à nous y emmener dare-dare.
Happy Mondays - Uncle Dysfunktional
Chez Sequel, juillet 2007

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