On a presque envie de dire heureusement, la rentrée littéraire n’est pas que française. Avec 210 parutions de titres étrangers, il y a encore de quoi explorer de nouveaux horizons. Ou, au contraire, la possibilité de retrouver de ces grands romanciers dont le nom suffit à faire saliver les fans…
Les Attrape-coeurs
Avant le Festival America, qui se déroulera du 26 au 28 septembre à Vincennes, il y a la rentrée littéraire. Les auteurs américains sont là aussi au rendez-vous : Richard Ford clôt sa grande trilogie avec L’Etat des lieux (L’Olivier), tandis que Douglas Kennedy se voit rééditer chez Belfond (Cul-de-Sac).
On retrouve également une pléiade de "femmes fortes" : Susan Sontag (Et en même temps, Bourgois), Joyce Carol Oates, Paula Fox (la grand-mère de Courtney Love, chez Joëlle Losfeld), la canadienne Alice Munro (Fugitives, L’Olivier).
Le nom de Norman Mailer est aussi cité, pour sa correspondance avec son traducteur Jean Malaquais qui paraît au Cherche-midi.
Le gros événement, c’est cette fresque de 1200 pages de Thomas Pynchon, Contre-jour, que le Seuil s’apprête à publier, dans une traduction de Claro.
Traduit par le même Claro, on pourra également lire un essai sur la pauvreté du maître Vollmann, Pourquoi êtes-vous pauvres ? (Actes Sud).
Enfin on relèvera aussi le nom de Poppy Z. Brite, qui avait plutôt plu dans son genre, et dont Alcool, roman culinaire déjanté, paraît au Diable Vauvert (voir l'entretien). Ou celui encore de Denis Johnson, lauréat du National Book Award en 2007 pour Arbre de Fumée, une ambitieuse fresque de la guerre du Vietnam.
Côté British, Ian McEwan revient chez Gallimard avec Sur la plage de Chésil, roman qui, comme son titre le suggère, a de quoi remuer bien des vagues. On retrouvera aussi Salman Rushdie (L’Enchanteresse de Florence, Plon), Doris Lessing (Alfred et Emily, Flammarion), Hanif Kureishi (Quelque chose à te dire, Bourgois), ou encore David Lodge (Rivages).
Il faut aussi retenir un premier roman, celui de Rawi Hage, auteur canadien d'origine libanaise qui s'est vu remettre cette année le prestigieux Impac Dublin Literary Award. Dans De Niro's Game, qu'il a écrit en anglais (sa troisième langue), il allie sans fausse note le récit de guerre au thriller, en retraçant l'histoire de deux amis dans le Beyrouth enflammé par la guerre civile des années 80. Son texte à la beauté cinématographique constitue l'une des bonnes surprises de cette rentrée.
Trier la langue
Le boulot des éditeurs, c’est de dénicher la ou les perle(s) rare(s). Parfois, celle-ci peut écrire en allemand, comme Sasa Stanisic, dont le premier roman (Le Soldat et le gramophone, Stock) allie une écriture subtile à un sujet poignant. Comme Juli Zeh aussi, publiée chez Actes Sud, ou Charles Lewinsky dont la saga Melnitz est le roman phare de la rentrée chez Grasset.
Quatre auteurs norvégiens seront présents, dont Morten Ramsland et sa Tête de chien (Gallimard). Deux suédois, Pär Lagerkvist et Torgny Lindgren ; des islandais – Kristin Marja Baldursdottir, Halldor Laxness, prix Nobel de littérature 1955 (Fayard), ou encore Steinunnn Sigurdardottir. Première étape avant de lire ces auteurs : retenir leurs noms.
Les auteurs des pays de l’Est sont assez peu représentés : on retrouve le Hongrois Béla Osztojkan, l’albanais Ismail Kadaré avec le roman L’Accident (Fayard) ; trois serbo-croates chez Albin Michel, notamment Dubravka Ugresic avec Le Ministère de la douleur, et quelques auteurs polonais, comme Leo Lipski, Hanna Krall.
Résistances
Côté espagnol, les genres sont assez variés, entre les auteurs déjà familiers (Manuel Rivas, Senel Paz, Rodrigo Fresan ; d’autres attendus, comme Almudena Grandes dont Le Cœur glacé s’est vendu à 300 000 exemplaires en Espagne ; le mexicain Jordi Soler avec La dernière heure du dernier jour (Belfond).
Le catalan se fait plutôt branché, avec Xavier Gual, dont le roman Ketchup est comparé au Trainspotting d’Irvine Welsh, ou encore Lluis Anton Baulenas (Flammarion), dont l'héroïne tient un bordel à Lisbonne pendant la Révolution des oeillets.
Cette année, seuls 8 titres sont traduits de l’italien (contre 18 en 2007), parmi lesquels celui de Niccolo Ammaniti (Comme Dieu le veut, Grasset). L’arabe se maintient (le palestinien Mahmoud Shukair, chez Actes Sud), tandis que les littératures asiatiques sont en net recul. On retient deux titres chinois, Beijing Coma de Ma Jian (Flammarion), et La sentinelle des blés de Chi Li (Actes Sud), et peu de titres japonais, parmi lesquelles les prometteuses nouvelles de Murakami, Saule aveugle, femme endormie.
Profitons de toutes les saveurs du monde tant que la littérature le permet encore.
LES ROMANS ÉTRANGERS DE LA RENTRÉE SUR FLUCTUAT
(publication hebdomadaire)
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