A Céret, musée d’Art moderne puis au havre
Niché au pied des Pyrénées, le musée d’Art moderne de Céret, ville qui attira nombre d’artistes tout au long du XXe siècle, recèle de véritables trésors d’art moderne. Cet été, retour sur un Fauve « baroque », Othon Friesz.
Othon Friesz (1879-1949), s’il n’a pas séjourné à Céret, a cependant grandement contribué à la révolution fauve, avant d’amorcer, comme de nombreux artistes de l’entre-deux-guerres, un sage retour à l’ordre. Ses premières toiles, principalement des vues de Paris et des paysages normands, relèvent d’un impressionnisme assez classique. Le peintre expose en 1905 au Salon d’Automne, dans une salle voisine de la fameuse « cage aux Fauves » qui révèle la jeune génération réunie autour de Matisse. Pourtant, le déclic ne se fait pas immédiatement dans l’œuvre de Friesz. Ce n’est qu’à l’été 1906, peignant à Anvers en compagnie de Braque, que l’artiste laisse les couleurs arbitraires envahir ses toiles et libère peu à peu les lignes colorées. L’année suivante, les toiles peintes à la Ciotat, toujours aux côtés de Braque, témoignent d’une totale libération formelle, parfois proche de l’abstraction. Ici, Friesz va tout aussi loin que ses camarades fauves dans la spontanéité et le lyrisme de la ligne «baroque». A son sujet, Guillaume Apollinaire parle de «tendre violence», jolie oxymore pour désigner une œuvre tendue entre l’expressif et le décoratif.
La période fauve de Friesz est brève. L’artiste, qui dit ne pas être intéressé par le cubisme, retourne rapidement à une peinture plus structurée, en référence notamment à Cézanne et au thème en vogue de l’âge d’or. Friesz est un des premiers artistes à accomplir le fameux «retour à l’ordre», avant même la Première Guerre mondiale. Les nombreuses études qu’il effectue à partir de 1908 assument un caractère décoratif, qui s’épanouit dans les céramiques réalisées sous l’impulsion d’Ambroise Vollard, ou les gravures sur bois de 1910, proches des bois de Gauguin. Par la suite vont se succéder, sans grande invention formelle, mais dans une qualité d’exécution remarquable, des natures mortes et des nus convenant à un certain goût bourgeois. L’oubli dans lequel l’artiste a été plongé après sa mort en 1949 provient en partie du fait qu’il ait participé en 1941 au tristement célèbre «voyage en Allemagne» organisé par Arno Breker, sur une idée du chef de la propagande nazie, Goebbels, auquel se joignirent également Vlaminck, Derain, Van Dongen ou Despiau. Friesz se justifia de cet acte par la promesse qui lui avait été faite de libérer des artistes prisonniers… Qu’elles qu’en soient les raisons, l’œuvre, seule, ne méritait pas un tel oubli.
Exposition « Othon Friesz. Le Fauve baroque »
A Céret, musée d’Art moderne (24 juin – 30 septembre 2007), puis Le Havre, musée Malraux (20 octobre 2007 – 27 janvier 2008)
Précédemment à La Piscine-musée d’Art et d’Industrie de Roubaix (17 février – 20 mai 2007)

[illustrations :
- 1. Les Baigneuses (ou Les Demoiselles de Marseille), 1907 Huile sur toile, 115 x 122 cm Genève, Association des Amis du Petit Palais © ADAGP, Paris 2007
- 2. Les Acrobates, 1908 Huile sur toile, 134 x 115 cm Paris, collection Larock-Granoff - © ADAGP, Paris 2007
- 3. La Pointe du Capucin (ou Le Bec de l’Aigle à La Ciotat), 1907 Huile sur toile, 38,5 x 46,8 cm Béziers, musée des Beaux-Arts © ADAGP, Paris 2007]
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