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Hommes entre eux

Hommes entre eux-  Jean Paul Dubois

Hommes entre eux- Jean Paul Dubois

Un moribond dépressif à ma droite. Un chasseur de cerf amant de son ex femme à ma gauche. Pour tout ring, l’immensité blanche du grand nord canadien. Avec Hommes entre eux, les lecteurs familiers de Jean-Paul Dubois appareillent pour un mortel combat. On a voulu faire comme eux. Allez savoir pourquoi…
La carrière littéraire de Jean-Paul Dubois est étonnante. Et ne se réduit pas aux réussites incontestables – tant publiques que critiques - de Kennedy et moi (adapté à l’écran avec Jean-Pierre Bacri) ou d’Une Vie française (prix Femina 2004), qui ont tous les deux remporté un vif succès. Une vingtaine d’ouvrages lui a au contraire permis de conquérir un public fervent. Parce qu’il était étranger à notre bibliothèque, on a voulu tenter de savoir pourquoi. Le plus simple, bien sûr, était de se plonger dans son dernier roman. Ce qu’on a fait très sérieusement. Voici, en trois parties, les Hommes entre eux en banc d’essai.

L’histoire

Hasselbank, d’un tempérament dépressif, vit dans une ville française. La quarantaine environ, il est atteint d’une pathologie mortelle, à la thérapie contraignante. Sa femme l’a quitté trois ans auparavant, il sait qu’elle vit au Canada et décide sans raison véritable de tenter de la revoir une dernière fois, avant de décéder. Il est tellement léger qu’il est du genre à revoir en boucle l’épopée suicidaire de Klaus Kinsky dans Aguirre, ou la colère de Dieu, qu’il a vu pas moins de trente fois.

Au terme d’une quête qui vogue de conflits en mode mineur en déconvenues criantes, il rencontrera Paterson, qui vit seul dans un chalet de montagne. Six mois après que sa femme ait quitté celui-ci pour une destination inconnue. Trop tard donc. Il ne la cherchera pas plus loin. Tout oppose a priori les deux hommes. Autant Hasselbank est souffreteux et désabusé, autant Paterson incarne la force brute et la vigueur toute animale du chasseur. Ils ont pourtant deux points communs : ils ont donc partagé la vie d’une même femme, et sont tous les deux solitaires régis par leurs seuls instincts (vitaux ou morbides). Solitude pour solitude, proie pour proie…. Par la force du destin, ils deviendront à la merci l’un de l’autre.

Où sont les femmes ?

Les hommes entre eux - spectateurs de matchs de total combat, publics de strip shows – ou seuls sont peints d’une bestialité crasse mais aussi solitaires que leurs homologues féminines. Ces hommes existent à l’état d’individus aux destinées brutes ou antagonistes : ensemble, ils sont vénaux ou stupides, se contentes d’être des masses débiles ou des hordes sauvages, et dans tous les cas manquent cruellement d’humanité ; pris individuellement, ils sont égoïstes (Le mari), prédateur (le coach de boxeurs), obsessionnel (le patron de motel) voir étroit d’esprit et bornés (le mec des assurances dans l’avion), et en cela manquent de toute capacité d ‘écoute ou d’empathie.

De même, les femmes demeurent des étrangères, de celles dont l’identité reste toujours un mystère. A ces interrogations sur les identités et les différences sexuelles, Jean-Paul Dubois se garde donc bien de répondre. Son approche est volontairement comportementaliste. Prenons par exemple l’amante de Paterson, une conseillère immobilière, indépendante et rompue au commerce des hommes. Sa caractéristique principale aux yeux de Paterson est d’apprécier des « pratiques sexuelles spéciales ». (Ne susurre-t-elle pas à l’oreille de son partenaire un impérieux et définitif « Ta gueule ! », au moment de l’orgasme ?).

La stylistique

Le dernier chapitre s’intitule Sang. Au préalable, on se sera étonné que Paterson, en pleine tempête de neige, après l’avoir laissé à son sort, se blottisse contre un Hasselblank malade pour le réchauffer. Ce revirement évoque le personnage de Saint Julien l’Hospitalier de Gustave Flaubert : le geste est salutaire, mais le lecteur découvrira de quelle manière peu charitable l’énergumène se voit remercier.

Alors pourquoi ce roman ennuie-il tant, contrairement par exemple au Fargo de Joel Coen, dont le milieu (météorologique comme dramatique) est similaire ? Contrairement à lui, Jean-Paul Dubois fait l’économie de tout humour, mais ce n’est pas suffisant. Il est, avec le pus grand sérieux du monde, tout à ses descriptions. C’est du aussi peut être à la solennité de nombreuses de ses phrases, tellement « ouvrées » qu’elles en sonnent empruntées : « Le monde se pétrifiait dans une impérieuse blancheur » (p.52) Ou encore : « Il comprit qu’il n’y avait pas d’autre alternative que de basculer dans le vide. » (P.67). C’est surtout la froide construction de l’ensemble, due à une progression aussi bien irréversible que parfaitement linéaire : précédé d’un court titre descriptif de l’action (Hasselbank, Paterson, L’Arrivée, Ultimate Fighting… ), chaque nouveau chapitre poursuit ainsi avec une rigueur d’horloger ce qui a été commencé, sans retour ni surprise.

Rappelons que le roman débutait par une évocation Aguirre, ou la colère de Dieu. Concèdons donc une inconnue quant à la fin du combat si prévisible : qui, de Paterson ou de Hassebank, deviendra la proie du second ? Vous aurez été prévenus.

Illustrations, photos issues des films : 1. Affliction de A noter que ces deux films sont adaptés de deux romans homonymes de Russel Banks.

Daniel de Almeida.
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