Et si je potassais ma licence d'anthropo dans un petit hôtel particulier sur l’île de la Jatte? Vous en rêvez, le ministère de la crise du logement l'a fait (lire l'entretien) : véritable agence immobilière positionnée sur un créneau porteur, le ministère prodigue les bons conseils à suivre pour squatter (presque) gratos et (presque) sans risque.
1) On repère discrètement les lieux
Le petit hôtel particulier, sur l’île de la Jatte, on le visite à deux ou trois avant de s’amener en meute. Pas satisfait ? Compulsez societe.com, l'équivalent du Top immo pour le squatteur.
2) On se renseigne sur le proprio
Qui est le propriétaire des lieux ? Une banque, une compagnie d’assurance, un particulier ? Depuis combien de temps le bâtiment est abandonné ? Deux, trois, quatre ans ? Plus vous en savez, mieux vous pourrez vous défendre par la suite.
3) On rentre sans défoncer la porte (sauf si c'est fermé)
On cherche une ouverture dans le bâtiment avant de sortir le pied de biche. Et si vous le sortez, n'oubliez pas, la porte était ouverte.
Explications : le squat, en soi, n’est pas pénalement répréhensible, malgré les tentatives de Nicolas Sarkozy pour changer la donne du temps où il squattait à l'Intérieur. Par contre, la dégradation, elle, l’est. La porte était ouverte, donc.
4) On accueille bien l'huissier (mais pas tout de suite)
On ne claque pas sa porte au nez de l’huissier avant de prendre la fuite, et on lui fait gentiment visiter les lieux. Mais attention : pas avant cinq jours d’occupation. Après ce laps de temps- et plus après 48h comme cela l’était avant l’été dernier- vous êtes considéré comme domicilié. Autrement dit, vous avez des droits. Et comme qui dit droit, dit devoir, Julien, l’un des occupants du 24 rue de la Banque, ne paye pas de loyer mais paye sa taxe d’habitation.
5) On s’installe (et on paie ses factures)
Dans la plupart des cas, il y a l’eau et l’électricité.
On appelle EDF, qui n’a jamais demandé de bail à personne, et on paye nos factures comme n’importe quel usager.
Comme après tout déménagement, on signale son changement de domicile à sa banque, à la poste, aux services sociaux comme la CAF, aux impôts et on coche simplement la case « occupant à titre gratuit ».
Comme quoi, tout est prévu.
6) On fait moins la teuf que le ménage
Un squat est « une lutte de tous les jours », selon Benoîte du DAL et s’il présente des avantages, il demande beaucoup de débrouillardise. Chacun doit apporter son savoir-faire à la collectivité, l’un bricole, un autre a des notions de plomberie et un troisième est doué pour la récup. Oubliez les clichés du type le squat est crade, ouvert à tous, et en boxon perpétuel. On respecte le lieu, on enlève le sac plastique qui bouche la gouttière, on entretien son parquet, et qui sait, le propriétaire vous remerciera peut-être d’avoir sauver son bien. On peut, bien entendu, inviter des amis de temps en temps, mais on hésite pas à en informer le voisinage, voire la police, car le trouble à l’ordre public est un motif d’expulsion.
7) On ne panique pas si on est poursuivi
Entre le moment où le propriétaire porte plainte et le jugement, on a environ un an. On peut ensuite faire appel et obtenir un délai, surtout s’il on a suivi à la lettre les conseils donnés plus haut. La trêve hivernale concerne autant les occupants à titre gratuit que les locataires, et on ne peut pas vous expulser du 1er Novembre au 15 mars en France, et traditionnellement, le conseil de Paris l’avance au 15 octobre. Enfin, le ministère de la crise du logement ne peut pas garantir aux étudiants logés dans ses résidences qu’ils ne seront pas expulsés, mais il y a peu de chance que cela se produise. Quant à la peur d’être à la rue une semaine avant les partiels, on peut se référer à un cas de jurisprudence.