L’époque gupta (IVe – VIe siècles) représente l’apogée de l’art et de la culture indiennes. Le Grand Palais présente un ensemble exceptionnel d’œuvres fascinantes en provenance d’Inde du Nord.

Le moment classique
Dans une scénographie dont la solennité équivaut à celle des œuvres présentées (exceptionnellement prêtées par plusieurs musées indiens), l’exposition du Grand Palais révèle un art statuaire tant sensuel que hiératique, né autour du Ve siècle dans le nord de l’Inde, au sein de la cour de la dynastie Gupta. Mis au service des religions (hindouisme, jaïnisme et bouddhisme cohabitent alors), l’art gupta, né au sein d’une civilisation de tolérance et d’épanouissement intellectuel, atteint un niveau de perfection technique et formelle vertigineux, qui le font rivaliser avec la monumentalité de l’art égyptien ou de l’art grec antiques, et fixe pour des siècles les canons de l’art de toute la péninsule.

La vie intérieure sculptée
Sculptées dans un grès rouge ou beige d’un grain très fin, les statues provenant des grands foyers artistiques que furent Mathurâ et Sârnâth expriment une profonde religiosité. Dans les représentations de Bouddhas (« éveillés ») ou de Bodhisattvas (« êtres promis à l’éveil ») affleure sous la peau ou sous les riches ornements un troublant sentiment de vie intérieure, palpable dans le sourire confiant des figures et le regard porté vers l’éternel. L’iconographie du Bouddha (longs lobes, protubérance crânienne, nimbe), entouré de figures tutélaires et exécutant les gestes rituels (mudra), reste toujours didactique, et la composition équilibrée, presque géométrique, des œuvres inspire au fidèle une sensation d’harmonie et de plénitude.

Truculence et liberté formelle
En contrepoint à cette figuration toute intérieure du sentiment religieux, les artistes indiens ont également produit pour le décor architectural des temples des rondes-bosses et reliefs dépeignant à la manière de la bande dessinée les épisodes célèbres de la vie de Bouddha, ou les aventures des semi-divinités truculentes de la mythologie hindouiste. Ainsi dans l’art hindouiste, plus dynamique que l’art bouddhique car ne répondant pas à la même quête d’un nirvâna étale, les dieux Shiva ou Vishnou adoptent un déhanché sensuel ; les couples divins volent ; les divinités féminines aux formes voluptueuses se suspendent langoureusement aux branches d’arbres ; le demi-dieu Ganesha à tête d’éléphant écrase les obstacles sur son passage ; les Ganas, nains à bedaine, dansent pour égayer les dieux. Le « lingam », symbole phallique de fertilité, est omniprésent. La force de vie, partout ici, affirme son pouvoir.

Exposition « L’Age d’or de l’Inde classique. L’Empire des Gupta »
Grand Palais, Paris
Prolongation jusqu'au 8 juillet 2007

[illustrations :
- Tête de Buddha Ve siècle, grès rose 55 x 30 x 43 cm Provenance : Châmundâ Tîlâ, Mathurâ, Uttar Pradesh Government Museum, Mathurâ © Aditya Arya
- Ganesha Ve - VIe siècle, schiste 87 x 44 x 25 cm Provenance : Shâmalâjî, Gujarât Museum and Picture Gallery, Vadodara © Aditya Arya]

Magali Lesauvage



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