La réquisition mieux que la caution
Etudiants, vous êtes sur liste d'attente pour une studette pourrie à 600 euros mensuels avec vue imprenable sur une rue pisseuse du nord 18 ème ? Laissez tomber : le ministère de la crise du logement vous propose de créer votre propre cité U. Comment ? En réquisitionnant un des nombreux logements vides de la capitale. Explications.
« Le ministère de la crise du logement », créé par les collectifs Jeudi Noir, Macaq et DAL en décembre dernier, ouvre « le 1er salon du logement étudiant vraiment pas cher » ce samedi. Ils expliqueront, à travers des « ateliers de formation à la réquisition citoyenne » comment ouvrir un squat, quand 10% des logements parisiens sont vacants. Entretien avec Manuel Domergue, membre de Jeudi Noir. Pourquoi organiser le « 1er salon du logement étudiant vraiment pas cher » ?
L’objectif du salon est de recruter une équipe de jeunes étudiants et de chercheurs pour ouvrir, à la rentrée 2007, une résidence universitaire dans un immeuble réquisitionné. On veut les former à l’ouverture d’un squat, avertir des risques, expliquer les démarches à suivre, et rappeler qu’elle implique des frais d’aménagement. On cherche des gens motivés par ce projet et si d’autres souhaitent ouvrir leur propre squat, nous les y aiderons. Notre but est d’attirer l’attention sur la précarité de l’Université et le manque de résidences. Seulement 7% des étudiants en bénéficient et les inégalités perdurent entre ceux qui sont logés par leur parents et ceux qui doivent travailler pour payer leur loyer. C’est un point clef de l’inégalité des chances aujourd’hui.
Vous proposez d’expliquer comment réquisitionner un logement vacant. Le squat est-il légal ?
"Non, la réquisition de logement vacant n’est pas légal mais il existe des moyens de ne pas être condamné. Le squat en soi n'est pas pénalement répréhensible, mais la dégradation et l'atteinte à l'ordre public peuvent faire l'objet de poursuites. On peut aussi être condamné si on loue ou sous-loue un squat ou s’il est le lieu de trafic. Par contre, si la réquisition est reconnue d’intérêt général et qu’elle a pour fin de dénoncer un problème politique, elle est tolérée. Elle peut entraîner une procédure civile, mais il y a peu de risque. Notre but est de changer la mauvaise image du squat et de montrer qu’il peut être le lieu de résidence d’associations d’intérêt général."
Quel est l’ état des lieux du mal-logement en France ?
Il y a trois millions de mal-logés, six millions de personnes en situation précaire, et cent mille S.D.F. La situation des jeunes se dégrade : les propriétaires ne leur font pas confiance, on leur demande des cautions exorbitantes et la précarité de l’emploi se répercute sur le logement. Et concernant les logements sociaux, l’attente est de dix ans, le temps, en somme, de ne plus être jeune.
Quelles sont les mesures que vous proposez pour remédier à cette crise ?
D’abord, il faut construire et rénover les résidences universitaires. Le gouvernement Raffarin a réalisé 1/3 des objectifs qu’il s’était fixé. Ensuite, l’Etat doit forcer les collectivités locales à créer des logements sociaux. Il faut durcir la loi SRU qui permet aux collectivités locales de s’affranchir de leur obligation. Elles préfèrent payer 150 euros par logement manquant que créer les 20% de logements sociaux exigés. Sur les deux millions de logements vacants en France, on pourrait en réquisitionner une centaine de millier. L’ordonnance de 45, toujours en vigueur, autorise l’Etat à le faire en cas de crise du logement. Au-delà de cette mesure, il faut inciter les propriétaires à louer en augmentant la taxe sur les logements vacants qui est l'équivalent d'un mois de loyer par an".. Il faut interdire les expulsions locatives, qui coûtent cher à l’Etat, puisqu’elles augmentent le besoin en structures d’hébergement d’urgence et il faut mieux utiliser l’argent public. La déduction des intérêts des prêts immobiliers, annoncée par Nicolas Sarkozy, va engendrer une augmentation des prix alors qu’il faut au contraire les réguler si l’on souhaite un plus grand accès à la propriété.
Propos recueillis par Marjolaine Normier
Premier Salon du logement étudiant (vraiment pas cher)
Samedi 30 juin , 24 rue de la banque à Paris.
Infos sur le site Jeudi Noir
Illustrations : Toutes les photos viennent du site Jeudi Noir, sauf la Marianne emblème du Ministère de la crise du logement.