Tournée de reformation avec le line-up original. Après près de 25 ans d'absence, The Only Ones foulent la scène du Sheperd's Bush Empire de Londres pour un concert que personne n'attendait plus. Dernière apparition ou retour annoncé ?


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21 heures 15. Après un set amusant de Perrett Jr à la tête des Love Minus Zero, les Only Ones prennent possession de la scène baroque du London Shepherd’s Bush Empire, rempli sur le tard (le concert n’était pas sold out) mais chauffé à blanc. Presque trentenaires à l’époque de leur premier album (c’est-à-dire presque déjà vieillards), les quatre hommes accusent physiquement le poids des ans : Mike Kellie (60 ans), le batteur, affiche un charme désuet à la Herbert Leonard, chemise blanche de notaire largement ouverte sur le torse et chevelure noire à la coupe… déconcertante, Alan Mair a grossi évoquant un C Jérôme géant ou un Patxi devenu homme, John Perry coiffé d’un galure noir a pris du poids lui aussi mais garde son visage granitique de jeune homme. L’apparence de Peter Perrett (55 ans), d’abord dissimulée sous de larges lunettes noires et un imperméable à épaulettes, est un choc attendu par tout un chacun : les traits angéliques ont laissé la place à un homme usé, abîmé, et réduit à l’état de squelette. La maigreur de Perrett, presque bossu, aux mains décharnées, est presque aussi affolante que la voix intacte qui sort de sa bouche sur "Here To Eternity". Le poids de sa guitare semble le tenir intact, tandis que les doigts agrippent les cordes avec assurance. Le souffle y est, l’énergie aussi. La voix n’a pas bougé. Le groupe est solide et enflamme la salle. Les spectateurs se regardent et échangent des regards complices de satisfaction. – Ca tient ? – Ouais, et on a jamais entendu ça avant !

Perrett enchaîne les titres : "Miles from Nowhere" (toujours aussi noir et pertinent), l’héroïque "Flaming Torch", "In Betweens", avant de tomber l’imper sur une chemise fantaisie. Le reste se passe de commentaires. Les gens qui les ont vus de leur… premier vivant se comptent sûrement sur les doigts de quelques mains mais tout le monde a le sentiment de se retrouver projeté dans un ouvrage d’histoire du rock, à un chapitre où les Stones seraient aussi clean que Justin Timberlake, où les Dolls seraient en tête des charts et le glam pas encore un mauvais souvenir. Le jeu de Perry est d’une légèreté incomparable, tandis que la section rythmique réussit à imprégner une dynamique et une puissance aux morceaux, en jouant trois fois moins vite que les jeunes groupes. Jusqu’à l’invitée surprise "Dreamt She Could Fly", nouvelle chanson plutôt bien torchée, les Only Ones alignent un presque sans faute, démontrant que leur répertoire est épais et pas limité au seul "Another Girl, Another Planet", son ouverture magique "I always flirt with death/I could kill but i dont care about" et son panégyrique de l’héroïne du désespoir. Le quatuor final est imparable et laisse tout le monde sur le cul. Perrett intervient, sourire aux lèvres, pour dire : "Il m’a fallu 27 ans pour arriver de chez moi à cette salle That’s a long way" Le reste est inaudible. "Big Sleep" précède, "No Peace For the Wicked" (grandiose), "Planet" (pogo des années 70) et un "Beast" glaçant qui fait frissonner tout le monde malgré la chaleur. Le rappel qui suit montre que les Only Ones ont encore quelques beaux titres en réserve : "Someone Who Cares", "Me & My Shadow" et l’éternel "Lovers Of Today", toujours aussi jeune et fringant "We aint got feelings/ We’ve got no love/ We got nothing to say/ We are lovers of today". Le concert s’achève sans que le groupe ait eu besoin (salauds !) de balancer le terminal et cynique "Why Dont Your Kill Yourself ?" (you aint no use to no one else), pourtant prévu sur la set list.

Après 1h40 de concert, sur le Shepherd Bush Green, pinte à la main tandis que des dealers couraient dans tous les coins, je me retrouvais à classer ce concert en numéro 1 de mes concerts préférés, place dont il n’a pas bougé depuis quelques jours. Si vous avez du fric, du temps, savez nager, voler, marcher, faire du stop, payez-vous une place pas chère pour l’un des concerts qui restent, voyez et écoutez ce groupe de viocs, vous ne le regretterez pas. Les Only Ones sont de retour et ça ne va sûrement pas durer. Il n’y aura pas de troisième. Il n’y a pas de peace pour les wicked, comme ils disent.

Illus 2 : Setlist du concert de Londres
Illus 3 : The Only Ones à Londres

Myosotis




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