Si 2007 est, sans conteste, l’année des réunions et des reformations (Smashing Pumpkins , Police , Genesis…), celle du groupe anglais The Only Ones est sûrement la plus incongrue et inattendue de toutes, mais également la plus émouvante et flamboyante.
Le groupe de Peter Perrett (chant, guitare), John Perry (guitares), Alan Mair (basse) et Mike Kellie (batterie) était simplement porté disparu depuis… 26 ans, dissout en 1981 dans une apocalypse de dissensions internes (Perrett/Perry essentiellement, têtes pensantes du quatuor et copains de seringue) et de déchéances personnelles.
La légende, confirmée par la plus effrayante biographie de rocker jamais écrite (Nina Antonia – The One and Only : Peter Perrett Homme Fatale), veut que Perrett ait passé la majeure partie de ces presque trente ans, défoncé, dans une belle maison victorienne changée en squat-porcherie, dans le noir et allongé sur un matelas dont il ne s’extrayait même plus pour faire ses besoins. Revenu l’espace d’un album brillant en 1994 (Woke Up Sticky), Perrett n’avait pas tenu plus de quatre ou cinq mois avant de replonger dans la came, devenant, dans l’univers du rock indie, la plus mystérieuse et souterraine des légendes noires. Perrett est devenu une légende urbaine, un mort-vivant ou vivant-mort, dont les rares apparitions (un « cameo » en 2003 lors d’un concert de… Pete Doherty) ou sorties nocturnes (en simple spectateur des prestations de son fils Jamie, leader des Love Minus Zero), ne rassuraient personne sur sa santé et son devenir.
Ange blond à la beauté androgyne, dealer habile (il assura en 1976 les débuts du groupe sur les subsides de son business) et poète parnassien doué, au temps de sa splendeur, Peter Perrett avait laissé derrière lui suffisamment de pépites punk-psyché-rock pour que l’on n’oublie pas ses Only Ones. Le groupe formé en 1976 faisait déjà figure d’anomalie à l’époque : trop virtuose pour se la jouer punk, pas assez roublard pour emboîter le pas de la new wave, les trois albums du groupe sont néanmoins parmi les plus intéressants de la période : inspirés, parcourus par une imagerie sulfureuse mi-gothique (The Beast), mi-romantique (Flowers Die, Flaming Torch), et soutenus par une énergie incroyable ; la musique des Only Ones peut se situer quelque part entre les New York Dolls, les Rolling Stones et…Schopenhauer.
La voix de Perrett, nasillarde, intrusive, ses textes cyniques, avaient alors fait alliance avec la guitare économe mais très rock d’un Perry joufflu et imperturbable. Deux décennies après la disparition du groupe, le public se souvenait encore au moins d’un titre : "Another Girl, Another Planet", repris par la jeune génération et relancé par le biais d’une campagne publicitaire. La réunion, annoncée par le bassiste Alan Mair, puis confirmée par John Perry sur son blog, était elle-même restée longtemps improbable. Perrett souffre de graves problèmes respiratoires qui laissaient supposer qu’il ne pouvait pas chanter plus de deux titres sans s’étouffer. Après quelques concerts convaincants et avant un retour en fanfare au Shepherd’s Bush Empire à Londres, la conversation avec John Perry prenait des airs de rêve éveillé et quasi-imaginaire.

Illus 2 : Peter Perrett
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