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Ça fait longtemps que Lelouch ne crée plus l’événement, bien au contraire. Pourtant ce grand cinéaste de la transparence ne mérite pas si peu d’estime. Avec Roman de gare, il prouve encore qu’il est peut-être le seul cinéaste français vraiment populaire.
La littéralité c’est justement tout ce que la critique déteste, sauf quand il y en a mais qu’elle ne la voit pas ou la prend pour autre chose (comme dans Boulevard de la mort, film de l’année). La critique préfère les métaphores, elle croit que ça la rend plus intelligente alors que c’est seulement une manière de se croire plus intelligent. Question d’axe où tout se renverse. Alors que chez Lelouch tout est visible, c’est le règne de l’hyper visibilité. Comme dans Roman de gare, grande mise à plat du thriller. Un polar neutre, roman blanc, éclairé, lumineux, comme s’il fallait chasser ombres et fumées en noir et blanc d’Hollywood. Le titre, bien entendu, est ici toute la clé de la non énigme du récit et du film comme concept. Faire un polar comme on écrit un best-seller, un film populaire, avec ficelles énormes et fausses pistes en série, si possible le plus platement du monde. Platement mais pas mollement.
Roman de gare n’est donc pas un film à clé, il ne s’enveloppe d’aucun mystère ou de très peu d’énigmes même s’il semble en semer beaucoup. Si Lelouch conserve pourtant une intrigue à tiroirs, joue avec nos préjugés ou le scénario pour respecter les règles afin de nous laisser mener l’enquête, tout est résolu d’avance et surtout sans conséquence. Cette manière de dire qu’il n’y a rien d’autre à faire que regarder, sans s’embarrasser d’un discours qui aurait pu divaguer vers la métaphore de la littérature comme crime, seul Lelouch en est capable en France. Car Roman de gare ne prend pas le genre comme prétexte. Cette histoire d’un nègre (Dominique Pinon) qui cherche à se séparer de l’auteur (Fanny Hardant) pour laquelle il écrit les livres ne prétend à aucun discours. Pour Lelouch il n’y a qu’un seul plaisir qui compte, qu’un seul plaisir à donner, ceux des mécanismes, comment ils se créent, existent et éventuellement s’entretiennent. Comment ils sont repris au fil même du récit par des personnages qui ont eux-mêmes conscience de participer à son évolution.
La seule clé à saisir dans Roman de gare est détenue par Audrey Dana répétant à l’envi qu’elle est une midinette. Autant dire qu’un rien la submerge d’émotion jusqu’à la grâce, que la naïveté et le romanesque la touchent plus que tout, qu’elle est à l’image de cette histoire. C’est là tout le cinéma de Claude Lelouch, sa complaisance et son excuse peut-être, mais surtout sa singularité. Ses meilleurs films sont la démonstration de son côté midinette qui est plus qu’une joie béate de faire du cinéma. Ainsi, sans autre horizon que son titre, Roman de gare dévoile de quoi est faite cette littérature. C’est du cinéma de gare que Lelouch filme, sans jamais le dénigrer ou s’excuser pour le prendre par un autre bout et prétendre à l’intelligence. Une telle littéralité est rare au cinéma. Savoir se tenir ainsi au diapason d’une culture populaire sans s’y vautrer, sans condescendance ou maniérisme mais toujours en restant à la bonne distance, ça frôle l’élégance.
Roman de gare
De Claude Lelouch
Avec Dominique Pinon, Fanny Hardant, Audrey Dana
Sortie en salles le 27 juin 2007

Illus. © Les Films 13